La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

CHRONIQUE DES CONCERTS 759 arnve i une grande puissance,' mais le morceau le plus beau est peut-être celui intitulé Nuages. Le succcs de ces Chanso11sde Miarlw a été très grand et a valu de chaleureux applaudissements à M110 Passama. Une première audition (suivie depuis de deux autres) du Cap,:iccio Espagnol, de Rimsky-Korsakoff, a été également fort bien accueillie. Certes, on peut en contester l'originalité, mais non la science orchestrale qui y est deployéc. Comme tous les compositeurs russes modernes, M. R.-Korsakoff utilise des motifs populaires et, grâce aux ressources de l'orchestration, il sait les développer et les faire valoir fort habilement. A l'alborada, brillante et bruyante, du début, succèdent des variaz-io11i dont le thème, - celui d'un psaume peut-être, car il ressemble singulièrement au chant du In exitu lsraé'l de Egypto, - est exposé par les cui vrcs. Puis l' alborada reprend, suivie maintenant d'une scène et d'un cantogita110. La fin, très bruyante, est intitulée Fa11da11gaosturia110 dans lequel le premier violon, M. Capet, se fait applaudir. Mais malgré la faveur dont cc morceau a joui de prime-abord auprcs du public, il ne peut faire oublier ni Carmen ni Espana, et l'on doit souhaiter entendre autre chose de R. Korsakoff. M. Lamoureux, à son dernier concert, donnait un autre morceau de musique russe, bien supérieur, l'esquisse de Borodine sur les Steppes de l'Asie centrale, oü se mêlent, aux pas cadencés des chameaux d'une caravane, le chant asiatique de leurs conducteurs et celui plus rude des soldats qui protègent et encadrent la marche lente et longue au milieu de l'infini de l'océan sablonneux. C'est li de l'admirable musique descriptive et très expressive sans effort. L'ariette de A. Lotti (r700 environ), Pur dicesti, n'a guère de valeur que pour celles à qui elle donne occasion de faire apprécier leur virtuosité. Quant à la Jeunessed'Hercule, de M. Saint-Saëns, qui met en scène - ou plutôt en musique - la fable bien connue d'Hercule adolescent, placé entre la Mollesse et la Vertu, il est permis de la trouver froide; et malgré l'analyse que M. Combarieu en a donnée dans sa thèse sur les Rapportsde la musique et de la poésie, je trouve l'idée bien péniblement exprimée. A son second concert, M, Lamoureux a heureusement remplacé ce numéro de· son programme par la scène du Vénusbere1 de Tannhauser qui offre, celle-là, une vraie bacchanale, à b laquelle me faisait songer, bien faiblement, celle de M. Saint-Saëns. L'ouverture des Maîtres Cbanteui·s, de R. Wagner, toujours supérieurement exécutée, terminait brillamment le festival de réouverture. L'armée de M. Lamoureux marche toujours avec 1~même discipline et la mê111erema1:quable unité. Dans son concert de dimanche dernier,

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