REVUE DES REVUES 737 moyens de circulation, même monétaires, car la haute banque allemande est tenue.en laisse par une réglementation étroite et des usages qui, à Berlin, conduiraient tout droit en Cour d'assises nos grands financiers français. Dans cette organisation économique les manieurs d'argent ne sont que les intermédiaires entre l'industrie et l'épargne. Cette derniére n'est pas détournée de sa destination naturelle qui est de féconder l'industrie et d'accroitre les forces de production du pays. La classe industrielle, de son côté, fait face aux exigences de la situation avec une énergie de résolution, une continuité d'efforts et un « esprit de solidarité raisonnée», qu'on rechercherait vainement chez nos industriels français. De là les progrcs constatés, l'accroissement indéfini des forces de production allemandes, l'extension quotidienne de sa marine marchande, en un mot sa supériorité économique qui lui permet de lancer partout, sur tous les points du monde, des voyageurs offrant les produits allemands fabriqués en Yue de satisfaire les besoins et les goùts de l'étranger, ides prix de vente que nos industriels ne songent même pas à concurrencer. Je le répcte, il y a là une constatation douloureuse à faire pour notre amour propre national : le développement commercial de FAllemagne nous montre les progrés économiques réalisés par un grand pays, et ce ne sont pas les récriminations injurieuses, du genre de celles que M. Schwob s'est permises quelquefois dans son livre d'ailleurs trés intéressant, qui empêcheront nos rivaux de continuer à nous ravir nos clients et nos dcbouchés. Il est regrettable que l'auteur n'ait pas essayé de creuser son sujet et d'analyser les causes du progrès réalisé chez les uns et du recui économique visible chez les autres. * * * Mais le tableau comparatif que je viens de résumer suffit amplement pour nous montrer l'impossibilité ou se trouverait l'industrie française de soutenir la concurrence contre l'industrie allemande, dans l'Union douaniére projetée par M. de Molinari. A moins que ... M. de Molinari et nos économistes libéraux n'envisagent d'un esprit serein l'éventualité d'un vaste marché commun limité au sud par les Pyrénées, au nord par la frontiere polonaise, à l'est par le Tyrol et les Alpes, et sur la surface duquel les industries placées sur un pied d'égalité absolue se développeraient côte a côte, luttant pour la conquête de l'intérieur d'abord, des débouchés étrangers ensuite. Car tout progrès économique a pour point de départ l'affranchissement du marché intérieur et le traitement sur un pied d'égalité absolue des industries nationales sans distinction de régions. Le Zollverein projeté permet47
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==