LA REVUE SOCIALISTE Les prolétaires y seront naturellement les plus nombreux, s'y trou\'ant pour ainsi dire à leur place normale; mais la rdorme sociale intéressera tous les hommes qui croient au droit, et en dUinitiYe tous sans exception, parce que ceux que l'égoïsme atavique a pris au berceau et qui ne pensent qu'à leur intérêt matericl sont victimes de ces illusions de bonheur, de cette chasse obligée à des bribes et à des détritus de puissance, qui donnent à des êtres plus ou moins dégradés des s:nisfactions partielles et momentanées, les seules que leurs passions leur permettent de comprendre. Il est possible qu'au milieu de leurs succcs, qui masquent les hontes et les perfidies du présent, de leurs joies qui grisent, sous la caresse de la fortune et les chatouillements de l'amour-propre, ils ne voient pas les défectuosités de leur état moral. Mais clics n'en existent pas moins. Ils sont comme ces filles perdues, qui préfér-cnt la prostitution aYcc des a\'antagcs immédiatement appréciables:\ l'honnêteté aYcc la miscre. Parmi tous ces êtres qui se meu\'cnt dans le ccrdc étroit, où ils n'obéissent qu'à des mobiles physiques et élémentaires, il y en a qu'une pré\'oyancc apeuréc, absorbante, qui abaisse l'àmc et étouffe la pensée, condamne à une Yic machinale, pénible, où l'effort est incessant et où la n'.:ussite ne donne jamais les satisfactions espérées. Ils ne sont pas plus méchants que d'autres et ils sont \'l'aiment plus à plaindre qu'à blàmcr; car ils n'arri\'cnt à une position matérielle un peu durable, un peu garantie en apparence, qu'en restant courbés toute leur Yic sous le poids de leur destinée animale. Ce sont des polypes, trés actifs, tn'.:s intdligcnts en tant que polypes, qui creusent et cisclent sans cesse le pau vrc morceau de corail sur leq ucl ils crcvcront bientôt, sans avoir jamais rien su du monde, de son but, de la Yéritable Yie de l'humanité, sans avoir eu le frisson des pensées sublimes, sans avoir eu jamais une joie digne de cc nom. Ces deux catégories d'hommes si incomplets peuYent assurément posséder des biens enviables; mais, vus de prés, ce ne sont que des dévoyés, des malades qui ne connaissent pas leur maladie. Si un sociaJistc, dont la conscience cclairéc plane au-dessus des réalitcs actuelles, dont les aspirations ne se laissent point flétrir par les grossiers prurits quc donne l'atmosphcre cpaisse oü nous viYons, se place en face de ces fayorisés di,·crs, il lui est impossible de les envier.On n'e1wicpaslagalc et le scorbut, quand même on ferait des rentes à ceux qui en sont affectés. Que Yient-on nous parler de haine ou d'envie? ?-Jotrc ambition est incomparablement supérieure à tout cc que la société actuelle peut nous offrir; clic a beau être riche et son argent a beau être désirable, c'est une mcgére de bas étage; clic est laide, clic sent mauYais, ses baisers nous répugnent, et les plus admirés de ses priYilégiés ne sont que des infirmes à nos yeux.
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