LA REVUE SOCIALISTE fausseté, de fanfaronnade ou de petitesse. D'ailleurs, incapable de la moindre haine contre les gens même qu'il n'estimait pas; il se contentait d'é\'iter les personnes qui ne lui étaient pas sympathiques. C'était tout. C'etait avec une joie ouverte qu'il faisait la critique des beautés dans les caractéres; rarement il se liHait à la critique des défauts, et seulement dans des entretiens tout à fait confidentiels et quand il était absolument nécessaire de mettre les gens en garde. Dans ce dernier cas, on pouvait être sûr que l'expérience confirmerait ses vues. Dans le cas, au contraire, où le caractére d'un homme lui semblait estimable, il tenait aussi peu de compte que possible des divergences d'opinion et de parti. Tout cc qui ne jaillissait pas directement du caractère lui était indifférent. Ce sentiment de justice, pour gui le caract6re essentiel seul et non les contingences des actes était le seul critère, pour gui les <livergences d'opinion ne comptaient pas, ce sentiment de justice faisait à un certain point de vue la force de la personnalité originale de Stepniak. » Les discours prononces sur la tombe sont tous intéressants. Ils ont leur ,·aleur propre. Mais ils ont aussi une valeur de .circonstance, et pour ainsi <lire une force de position. Toutes les écoles, depuis le marxisme pur jusqu'au socialisme tout à fait indépendant qui préfère le drapeau de l'anarchie, se reunissent pour rendre hommage à ce qui nous réunit tous : la passion de la justice sociale. Félix \'olkhoflsky fait une oraison funébrc dont le titre peut-être : Lamentations sur le passé et espérances dans l'avenir. C'est au nom de la Russie qu'il parle : Nous, Russes, dit-il en substance, nous avons à ressentir une double angoisse. Non seulement nous avons perdu l'homme qui, par toute sa vie, prouva que les Russes ne sont pas des esclaves-nés, mais nous avons aussi à sentir profondément cette suprême souffrance : que ses restes si chers n'auront jamais sans doute une parcelle <lu sol natal comme tombeau. Mais l'espoir et la consolation sont à côté <lel'angoisse : Stcpniak fut priYé, viYant et mort, de sa patrie, mais il a trouve une patrie plus large dans le cœur de tous les opprimés et dans le cœur de tous les hommes genércux. du monde entier. Le docteur Spcnce Watson vient apporter un témoignage. Il parle au nom de la Société anglaise des « Amis de la Russie ». Il trace le portrait moral <le Stcpniak. En lui, dit-il, on trouvait une synthèse vivante de la pensée profonde, de la science encyclopédique, du tempérament poétique et d'une géniale simplicité d'enfant. Edward Bernstein, le marxiste allemand bien connu, parle au nom de la « social-démocratie >i d'Allemagne. Cc sont des paroles d'union fraternelle qu'il prononce. Beaucoup de socialistes ne sont pas d'accord avec les vues personnelles de Stepniak et de ses amis; mais
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