LE SOCIALISME EN 1896 société socialiste. Pourquoi ne serait-il pas des à présent le cadre du parti qui contient e'n lui les germes de cette société future? Reste enfin la propagande. Elle est active; elle est féconde; clic pourrait l'être davantage. Pourquoi n'y aurait-il pas un grand comité de propagande pour grouper, soutenir, coordonner les énergies isolées? En ce domaine encore, il conviendrait de faire la synthèse de toutes les formes d'activité. Livres de fond qui créent ou rectifient la science; romans et poésies qui prêtent à l'idée l'attrait de la beauté littéraire; brochures, journaux, revues· qui la vulgarisent par écrit; conférences qui la répandent par la parole; chansons qui la font voyager sur les ailes de la musique; gravures, œuvrcs d'art, qui la font pénétrer par les yeux; écoles d'orateurs ou s'apprend l'art de persuader et de convaincre; cercles départementaux se chargeant de fournir, chacun à sa région, des semeurs qe la bonne doctrine, et déjà fédérés à la Maison du Peuple de la rue Ramcy : tout a sa raison d'être, tout sert la cause commune, pourvu que tout, dans les limites indiquées plus haut, agisse dans le même sens, c'est-à-dire soit vraiment et nettement socialiste, tout en évitant l'étroitesse sectaire. Partout l'attention est hcillée; des institutions libres commencent à offrir à la jeunesse des cours qui la forcent à penser; les UniYersités ressuscitées promettent un élargissement de l'enseignement officiel lui-même. Puisse un élan vigoureux et méthodique imprimé à la diffusion de nos idées accélérer la conquête des cerveaux, sans laquelle aucune transformation ne saurait être ni profonde ni durable! En somme, dans le parti socialiste défini et délimité par luimême, arrière l'esprit d'exclusivisme et d'intolérance! Un respect réciproque des divergences de détail, à la seule condition qu'on soit d'accord sur l'essentiel; la variété dans l'unité, la fusion des nuances dans une harmonie qui les unisse sans les détruire, de même que toutes les couleurs de l'arc-en-ciel contribuent i former la lumière blanche : voilà ce qui peut achever aujourd'hui la victoire à demi gagnée! Sommes-nous aussi loin de cette loyale entente que le souhaiteraient nos adversaires? Il existe parmi les socialistes de France et d'ailleurs assez de gens de bon sens pour comprendre qu'une armée, fût-elle riche d'hommes, d'entrain, de courage, est perdue, si les différentes armes, infanterie, caYalcrie, artillerie, tirent les unes sur les autres ou même simplement s'en vont chacune à l'aventure. C'est pourquoi, sans nous flatter d'illusions trop roses, il nous est permis de conclure en disant : Jamais le socialisme n'eut la partie plus belle. Il porte en France et clans le monde c'ntier les espérances des peuples. Il saura être digne de la tâche historique qu'il a charge et conscience d'accomplir pour l'humanité. GEORGES RENARD.
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