La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA RE\'UE SOCIALISTI, Son œuHe poi:tiquc est, je crois, moins connue. Les poètes ou les amateurs dt: poi:sie sont des i:tres bizarres. Ils attachent à la technique du \·ers une importance exagi:rét:. Les choses n'ont gui:rc changé : Malherbe et Boileau sont, plus qu'on ne pense, des contemporains. On s'explique que les \'Crs de Fr,111çoisCoppée aient plus de succès que ceux de J. Strada, en France du moins. Les étrangers n'ont pas de ces scrupules. lis placent notre po.'.:te très luut. « Est-il donc des jaloux parmi les cœurs de France? n Je ne crois pas que cc soit jalousie. C'est ignorance et paul'reté intellectuel!.: p:mni nos poètes. Quelques-uns d'entre eux sont des imbéciles considérabks; il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à lire leurs articles de journaux. ] . Strada, comme poi:te et dramaturge, se tient d'ailleurs délibérément à part de toute école. Il garde son isolement de façon jalouse, presque hautaine . . \ l'homme-fantaisie du romantisme et à l'homme-physiologique du naturalisme, il oppose ri:solùment l'homme-moral ou plutôt l'homme-métaphysiqut:. Comme il le dit ailleurs (, ), il est sans doute imprudent de vouloir faire entrer l.1mètaphysiqt:e dans le poème; cependant le grand lien de l'infini et de l'homme rester.1 toujours la plus mâle des poésies. Qu'on ri:ussisse ou non à clarifier CL' mèlange de LI mi:taphysique et de la vie, c'est le seul idéal absolu de l'art. L'ou1-r,1ge actuel est la mise en drame et en \'ers d'un épisode de notre histoire 11:1tio11al:e la lutte_ de Philippe le Bel contre le pape Boniface. « Philippe le Bel, dit l'auteur, est un roi inconnu des Fr.111çais,tant il est méconnu par les historiens. li n'apparaît que comme un tyran, assassinant son peuple par l'ex:iction et les Templiers par le supplice. Il est tout autre chose. C'est un puissant penseur, un puissant politique, un héros décisif, qui fut un grand silcncit:ux. C'est un de nos plus éminents rois et peut-être un des plus remarquables qui aient \"écu : il remplaça l'inquisition par les lois françaises - il abattit l'empire unil'erscl des papes - il donna à la France et il l'Europe le nai prin.:ipe so.:ial - il oul'rit par là l'i:re de la seconde renaissance, qu'il eùt \"Oulu accomplir lui-m.:me - il oul'rit l'avenir de nos libertés, ·car c'est des états généraux institués par lui que sortira la Rél'olution. » Le drame politique est côtoyé, et mème pénétré, dans l'oul'rage, pJr un drame passionnel : les amours de la reine Jane, femme de Philippe le Bel - transposition, justifiée par l'auteur, de la légende de la Tour de Nesle. Trois l'Oix, trois genres de vers, parlent dans ce poème comme dans les précédents : le l'ers épique pur, le vers dramatique (souvent vulgaire et grossier à dc,sein) (2), le \'ers lyrique. Les morceaux les plus faciles à détacher de l'ensemble ~Ollt naturellement th: cette dernière sorte : avant le drame, après le drame, et aussi pendant le drame, car il y a des intermèdes. On voudrait pou\·oir les transcrire. (1) La Mol"/ des dieux. Préface. (2) « C<·ci entraine à des grossièretés passagcres qu'il faut bien admettre si l'on « Ycut rendre la Yic. j'ccris des choses et des mots que je n'ai jamais dits et que je • serais honteux de prononcer. "

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