La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Il vit un grand vaisseau-fantôme qui venait, Et quelqu'un, comme lui, sur l'avant se tenait, Et, dès qu'on fut voisin, cet homme ouvrit la bouche. Pas un vent ne rompait le silence farouche, Et le monde entendit s'échanger ces discours Grec, ton nom ? Pythagore. - Où vas-tµ donc ? - Je cours Ramener l'Occident au dieu païen que j'aime. - Arrête! - Au nom de qui ? - Du Dieu trois fois suprême. Je t'enjoins de rentrer au pays d'où tu viens. L'Occident est à moi ; ses hommes sont les miens. Garde pour toi le mont Imaüs et le Gange. L'homme avait dans la main le glaive de !'Archange. Le Mage répliqua d'une voix qui s'aigrit - Salut, Galiléen appelé Jésus-Christ! J'ai vite lu ton nom dans ta poitrine austère. Ton amour est plus grand que l'orbe de la Terre, Ta caresse est la plus calmante des liqueurs, C'est vrai; mais si tu crois que, pour former les cœurs, L'Amour te suffira sans l'asseoir sur l'Idée, Va, répands tes baisers, ô frère de Judée. Je reviendrai plus tard juger ton œuvre. Adieu. Ils dirent et chacun retourna chez son Dieu. Seize cents ans aprés, dans l'Europe assombrie, Les hommes désertaient les temples où l'on prie; Les yeux ne cherchaient plus Dieu dans le firmament, Et le bruit qui montait de terre en ce moment Était fait de sacs d'or que l'on vide et l'on compte, De baisers d'adultère ou de marchés de honte, Et de pas de soldats, et de cri$ de chevaux. Le vrai peuple appelait en vain des chefs nouveaux; Les meilleurs se gâtaient de poisons ou de lies; Car tout se dirigeait, par des routes salies,

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