LES LES TROIS LARMES DU CHRIST 51 • TROIS LARMES DU CHRIST (r) C'était seize cents ans avant l'heure où nous sommes. Source de la Sagesse et breuvage des hommes, Pythagore s'était incarné de nouveau. Le monde prend toujours pour cœur et pour cerveau Une ville par qui l'âme humaine est nourrie ; Or, Athène étant morte et Rome étant pourrie, Alexandrie avait l'Amour et la Raison. La mer, comme un étang devant une maison, Berçait dans de l'azur sa lumineuse image ; Et c'est là que croissait Pythagore le Mage, Le ciel dans la prunelle et l'onde à ses pieds nus. Un jour, des nautoniers romains étant venus, Pythagore partit avec eux, sous leur voile. Il n'était précédé, lui, par aucune étoile, Mais d'avance il savait son œuvre et son chemin. Sous son front, qu'emplissait quelque bruit surhumain, Devait chanter encor le concert de ses Nombres. Vers Crète, tout à coup les airs devinrent sombres; Un ciel en azur noir s'abaissa sur les flots ; Les aigles prisonniers couvrirent les îlots ; Et les pâles marins virent, dans l'épouvante, La mer, qui se figeait, cesser d'être mouvante, Le tonnerre frapper sans qu'un éclair eût lui, Et le soleil vomir la suie autour de lui. Pythagore, inquiet, veillait, seul sur la proue. Alors, dans une aurore à la forme de roue, (r) Prologue de la Divi11eMagie, poème dramatique et lyrique qui paraitra pro• chainement chez Ollendorff.
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