La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

608 LA REVUE SOCIALISTE les plus hostiles au socialisme, ont été profondément remués par la grandeur de !"effort et la grandeur de la féte. Ils ont eu l'impression que quelque chose de définitif était fondé, q'u'il devenait ridicule et malséant d'opposer un doute ironique ou une indulgente pitié à la chimère prolétarienne, et ils se sont inclinés avec une sorte de respect devant l'abnégation des ouvriers verriers et dc,·ant l'efficacité de l'action ouvrière naissante. C'est par là que la journée du 2 5 octobre restera vraiment une date dans l'histoire des luttes du traYail et des tentatives sociales. Mais, je k répète, ce n'est point pour glorifier l'œuvre accomplie que je reviens sur ce sujet oü je me suis si souvent obstiné depuis un an. Les lecteurs m'ont à coup sûr pardonné cette insistance, car ils savent que les souci~ quotidiens, la multiplicité presque infinie des préoccupations et des combats absorbent et confisquent, pour ainsi dire, au jour le jour, la force de pensée et d'action de la démocratie, et qu'il est besoin d'une persévérance presque importune pour l'attacher longtemps au même objet. Désormais, cette insistance sera sans doute moins utile, car les délégués de toute la France ouvrière emporteront, pour ainsi dire, dans les yeux et dans le cœur, la vision de la Verrerie ouvrière. La France ouvrière est désormais comme la mère qui a vu son enfant : sa pensée et son cœur ne s'en peuvent plus détacher, et tous les ddégués du Nord aux Bouches-du-Rhône développeront dans toutes les parties <lu pays une admirable force de conviction, une admirable passion de propagande. Mais cc que je veux retenir, c'est le ferme bon sens-, c'est la netteté d'esprit et de volonté dont ont fait preuYe les représentants du prolétariat. Ils pouvaient se laisser aller à l'éblouissement de la fête et à un facile enthousiasme; ils pouvaient, dans la joyeuse ivresse d'une journée d'espérance et de soleil, oublier les obstacles qui restent à vaincre, ou du moins se les cacher à demi. Ils ne l'ont point voulu, et. cc que tous ont déclaré avec plus de force au nom des coopérati,·es et des syndicats, c'est qu'il ne fallait ni se griser ni s'endormir. Nous ne sommes pas en pleine victoire, nous sommes dans une bataille qui, si nous le voulons, nous conduira à la victoire. Et certes, les méprisables ennemis qui nous accusent de tromper le peuple savent bien que jamais nous n'avons essayé de le flatter par de mortelles illusions. Ici même, dans les jours qui ont précédé la fête, nous avons multiplié les a,·ertisscmcnts, nous avons répété que l'ère des sacrifices et des difficultés était loin d'être close; nous l'avons dit en pleine fête et, au risque même d'en Yoiler l'éclat par une sorte de nuage, nous avons proclamé qu'en attendant la réalisation des tickets la Vcrrcrie ouvrière était obligée de faire appel au crédit. Il y aura environ 80;000 francs de travaux à payer pour que l'installation soit complète. Il faudra au moins une somme égale pour permettre de constituer un capital de roulement, et encore faudra-t-il aux verriers tant que l'engrenage commercial ne fonctionnera pas à plein, tant que les premières commandes ne seront pas exécutées et payées avec les délais d'usage, un effort prolongé de patience et d'abnégation. C'est donc cent cinquante mille francs au moins qui sont encore nécessaires; et pour ne pas retarder la fabrication des bouteilles qui doit absolument commencer dans trois semaines, la Verrerie demande en cc moment une avance gagée par son actif à un établissement de crédit. .

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