La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EDMOND DE GONCOURT ET PAUL VERLAINE Les morts vont vite ; ne laissons point aller ceux dont nous portons le deuil sans un salut, dans ce mois noir oü lé plus humble reçoit quelque fleur; ce sont les tombes les plus glorieuses qui sont le plus souvent délaissées, et, dans les cimetières, plus d'une « concession» d'homme jadis célèbre n'a que peu de visiteurs. Qui, sauf les étrangers, visite le Panthéon ? Toutefois, Edmond de Goncourt et Paul Verlaine, pour cette année, peuvent compter, je crois, sur des pélerins passionnés, et sur la curiosité publique: ils débutent dans le cercueil! Mais plus tard? Dans quatre mille ans, comme disait Dumas! Dans quatre mille ans! Nous ne ferions rien, n'écririons rien, n'aimerions rien, si nous étendions sans cesse notre vue jusqu'à l'éternité! Restons a notre siècle, avec un regard vers quelques siècles en deçà, quelques siècles au dela ! D'un vol de génie, quelques-uns ont pu faire ombre sur le temps et l'espace ! Que cela ne nous arrête pas de nous occuper de la masse des autres: elle n'est pas si compacte ! Et, dans la prose et dans la poésie françaises de ce siècle, Edmond de Goncourt, Paul ·Verlaine marquent une date, chacun ; des visions neuves, des manières de penser, et des originalités de s'exprimer, considérables, sinon de la pensée effective, de l'expression absolue : au point que tous deux constituent, Mallarmé à part, et la suite ! nos auteurs les plus difficiles, c'est-à-dire les moitis traduisibles en une autre langue. Quelles vies diverses! l'une toute d'ordre, de méthode, de patient labeur, de volonté; l'autre éparse, vague, décousue, abandonnée; l'une, d'intérieur et de solitude; l'autre, de rue, de pi'ison, d'hôpital, toute relâchée partout et à tous et à toutes. Celui-ci et celui-là, admira- ' ' blement entiers dans leur tenue ou leur bohême - purs littérateurs, purs hommes de lettres, voués tout a la chimère d'écrire, dans la maison

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