DE LA FRUGALITÉ. - LE DESTIN « On payait chaque amende en bll\·::mt à son hôte. « Cérès nous accordait que la moisson fùt haute, « Et le vin effaçait les soucis de nos fronts. << Vienne le sort cruel, que peuvent ses affronts, « Mainte1iant que si peu nous reste? Quelle mine « Moins fleurie, avons-nous, enfants, et plus chagrine, « Depuis qu'un nouvel hôte s'est fixé chez nous? « Nature ne veut point de maître au sol, ni vous, « Ni moi, ni lui. Quelqu'un nous chassa? Dans la suite, « La chicane subtile ou sa propre inconduite, « Ou quelque âpre .héritier enfin le doit chasser. « Ce champ est sous le nom d'Umbrenus, a passé « Sous celui d'Ofclla, m,1isen définitive « N'est à personne, et quand l'un part; un autre arrive. « C'est pourquoi, mes enfants, du courage! Et portez « Dans la poitrine un cœur fait à l'adversité! » (HORACE, Satires, 11, ,·. 9~ ,1 136.) MARC LEGRAND. LE DESTIN Malgré les ans passés, mon àme est wu jours neuve; j'ai l'ongle qui s'enfonce et j'ai la dent qui mord; et le corps du blessé, le cadavre du mort sont le pur aliment dont ma fureur s'abreuve. Car je suis le bourreau du faible et de la veuve, et, tyran sans pitié pour quiconque est moins fort, sans répit je l'accable et je l'accable encore, et les siècles ont vu ma fureur à l'épreuve. Incorrigiblement hypocrite et sournois, je frappe ma victime à mon heure, à mon choix, sans souci d'accomplir de beaux exploits sublimes. Je vis - pillant partout quelque part du festin - et, pour absoudre au moins la hideur de mes crimes, les hommes d'ici-bas m'appellent le Destin. (La Vie Heroïq11e.) MARCEL RÉJA. 553
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