La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

55° LA REVUE SOCIALISTE rature et l'art offrent eux-mêmes des tentatives illustres de conciliation. La Divine Co111édie Ycut concilier l'Empire et la Papautc; les fresques de la Chambre de la Signature oü la Dispute du Sai11l-Sacre111e11t fai face à l'Écoll' rl'A//Jl:11es \'culent concilier la Théologie et la Philosophie. Hegel, Claude Bernard, Dante, Raphaël ne sont pourtant pas des intelligences trop dcbilcs encore que, sûrement, ils n'eussent pas eu la \·igucur intellectuelle nécessaire pour nous donner une troisicrnc cdition de la doctrine de Bastiat sur la Y:ilcur et l:i proprieté apres que M!\1. Roger de Fontenay, Baudrill:irt, Darneth, Frédcric Passy et autres nous en a\·aicnt déjà donne une seconde. Car la voilà la science économique et sociale de M. Leroy-Beaulieu! !\l. Leroy-Beaulieu soutient que le traY:iil et le capital, gui n'est que du travail transformé, ont seuls de la Yalcur et constituent toute la richesse sociale; que la valeur de nos terres représente la Yalcur « de tous les capit:iux engagés sur la terre » depuis Jules Cesar, et gue nos propriétaires fonciers sont les acquercurs de ces c:i pitaux ( I). Eh bien, je ne Iui dirai pas guc cette assertion cnonne et lant:istiguc ne se rencontrerait que bien difficilement, hors de France, sous la plume d'un économiste de quelque autorité; mais je lui dirai qu'il y aYait naguère tel de ses confrcre~ de la section d'cconomie politique de l'Académie des sciences morales et politiques qui pcut-êtn.: faisait semblant d'y croire mais gui certainement n'y croyait pas. En r86ï, à une cpoguc oü !\L Leroy-Beaulieu en ctait encore à publier son premier YOlumc, !\1. Lcon Say, que sa grandeur n'obligeait pas alors ù vitupercr le socialisme et les socialistes, se chargea d'annoncer, dans le Journal des Débats, mes confcrenccs sur la Théorie gé11érnle il,· la société, et il le fit dans un article (le seul, je dois le dire, que lui et cc journal m'aient jamais consacre) dont je détache le passage suivant : « L'origine, b nécessite et la justice du droit de pro- « prictc'.:applique à la terre ont, depuis bien des annccs, exerce l'esprit « et le jugement des politiques, des philosophes et des économistes. « Bastiat a fait, il y a Yingt ans, une tentative des plus brillantes pour « arriver à résoudre le problcmc que soulcve cette redoutable question. « Niant pour ainsi dire la force propre de la nature, il l'a comme << absorbée dans les facultcs personnelles de l'homme. La propriété « foncicrc et avec clic tous les produits n:iturels n'ont pour Bastiat « d'autre valeur que la valeur du traYail que l'homme y incorpore « incessamment. Éliminant ainsi le don de Dieu, il ne lui est plus resté « qu'à justifier le droit de l'homme sur son tra\'ail propre, et cette « justification est aiscc. Malheureusement il s'est trouvé que l'arme « forgée par Bastiat pour la bataille de 18+8 n'a pu résister ni au senti- « ment, ni à l'analyse des philosophes économistes. La rareté, on est bien (1) Le Collectivisme, pp. Iï3 et Iï4·

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