LE PROBLÈME FISCAL 547 citer tel homme d'État en vue, ayant été au pouYoir, qui passe pour en être partisan. Qui oserait dire, dans ces conditions, que la question agraire de l'Irlande et celle de l'Angleterre ne seront pas résolues d'un seul et même coup?. Il faut l'avouer: si l'on rapproche de cette conduite nos élans irréfléchis vers le libre-échange et nos retours effarés vers la protection pour faire des rentes à nos propriétaires fonciers et assurer des bénéfices à nos industriels, n9trc tendance à verser du souci de la sécurité extérieure dans les rêves de gloire militaire, nos folles expéditions coloniales, notre permanente incapacité d'effectuer des reformes sans réYolutions, notre population décroissante, nos constants excédents budgétaires des dépenses sur les recettes, notre dette indéfiniment croissante, on est tenté de voir dans la France un pays non-seulement vieux, mais caduc, et de répéter aux gens qui pourraient y rêver de solution de la qucstion sociale et de nationalisation du sol cc mot qu'on prête à un illustre dilettante de nos jours: « Laissez-donc la France mourir tranquille! » Je ne suis pas de ceux qui se résignent ainsi à laisser la France terminer paisiblement ses jours linée aux intrigues politiques, aux tripotages de Bourse et a la littérature pornographique. Je me dis qu'i la veille de 89, la France avait l'apparence de la caducité et que cette apparence était fausse. En l'observant attentivement, je lui Yois encore de l'avenir, et cela moins à cause de l'énergie vitale dont témoignent son travail, son épargne et son crédit, que pour une raison qu'il me reste à dire. On ne peut pas plus juger la France au point de vue du progrcs social qu'on ne pourrait apprécier comme coureur un homme qu'on aurait garotté et réduit i se rouler à terre pendant que ses concurrents se seraient élancés sur la piste. La France a besoin plus que tout autre pays de faire consister sa politique dans la réalisation d'un idéal clair et lumineux qui serait formulé par la science. Or c'est il y a quelques années seulement qu'on a déposé le germe d'une économie politique et sociale universitaire française dans les Facultés de Droit. Puisse-t-il trouver là un terrain propice! Jamais auparavant la classe qui, chez nous, a confisqué la Révolution à son profit, par la ruine et l'abaissement de l'État au point de vue économique, qui a fondé sa fortune sur l'acquisition a vil prix des biens nationaux, gui l'a grossie dans les entreprises de charbonnages, de chemins de fer et autres monopoles toujours concédés sans souci sérieux de l'intérêt public, dans les industries protégées aux dépens des consommateurs, n'a permis l'enseignement normal et régulier de la science économique et sociale. Elle l'a d'abord totalement prohibé; puis elle ne l'a toléré pendant longtemps que dans des proportions et des conditions dérisoires. Plus tard enfin, elle trouva mieux: elle réussit ,a s'emparer de toutes les situations que comportait cet
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