La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

ANNIVERSAIRE DE BENOIT MALON Nous ne pouvons célébrer plus dignement et plus efficacement la mC::moire de notre grand ami, qu'en empruntant un peu à cette lumière et à cet exemple, dans un moment où de récentes discussions de tactique pourraient inspirer des craintes sur l'union_ socialiste si nécessaire au triomphe de la cause des opprimés. En effet, elle a r~tenti au loin, la querelle entre gens parfaitement d'accord sur les fins du s~cialisme, mais différant sur le choix des moyens. Les uns prétendent que seule la grcve générale peut avoir raison de l'aveugle résistance de la réaction. Les autres n'attendent que de la Ré,·olution l'avènement du régime de justice sociale. Enfin, une autre école préconise la conquête des pouvoirs publics par l'action politique et parlementaire avec ~me préférence qui équivaut pre~que à de l'exclusivisme. Déplorables conséquences de l'esprit particulariste. Comme s'il était possible de prévoir quelle sera la disposition des fronts de bataille dans le formidable choc qui va se produire entre le vieux monde et le monde naissant! Comme si ce pouvait être trop de toutes les forces révolutionnaires pour renverser l'édifice social si puissamment fondé sur les stratifications séculaires d'un passé d'oppression et d'iniquité! C'est ici qu'il faut tourner nos regards vers Benoît Malon. Nous voyons en lui le militant avisé qui combat de toutes ses armes, se gardant bien d'en dédaigner aucune. A Puteaux, au Creuzot, il organise et soutient des grèves dont il reîire, il est vrai, bien des mois de prison, mais qui, avec l'Internationale qu'il contribua à fonder, firent pénétrer dans l'esprit des travailkurs les -idées d'organisation et de revendication si funestes à l'empire capitaliste. Révolutionnaire, nous le voyons dans la glorieuse insurrection communaliste, qui a sauvé la République, et eût pu ouvrir au monde l'ère du socialisme avec plus de préparntion à l'extérieur et sans la trahison de bien des élus du Parlement que leur devoir appelait à sa tête. Il s'y conduisit en héros, les balles ne voulurent pas de lui. Enfin, Malon fut parlementaire dans un moment, il est vrai, où le titre de député ne faisait pas d'un homme le point de mire de toutes les calomnies et de tous les outrages. Il accepta ce mandat, parce qu'il y voyait un moyen de servir la cause du peuple. On sait qu'il n'y tenait pas assez personnellement pour le conserver au prix d'une humiliation nationale et d'une trahison civique, et qu'il donna sa démission pour protester contre l'exclusion de Garibaldi et contre la signature de la paix. Vous voyez, citoyennes et citoyens, que gréviste, révolutionnaire et parlementaire, Benoît Malon fut tout cela, parce qu'il était pénétré de cette grande vérité, qu'en fait de tactique, il faut réserver tous les moyens et que l'exclusivisme, c'est l'affaiblissement volontaire. Gardons respectivement nos préférences pour les moyens de lutte, comme le soldat fait choix de l'arme dont il portera les plus rudes coups, mais n'apportons pas plus d'exclusion dans la bataille sociale qu'un général n'en saurait faire dans son armée. Mettons au second rang, comme désignations de détail, ces terminaisons

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