La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE et cette union paraît l'avoir rapproché du parti des prolétaires. (Qui ne pense ici :\ la Com•asion d'A11dréSavmay, le héros du roman de notre directeur Georges Renard? La \"ie a souvent de ces solutions inattendues qui, au premier abord, surprennent par leur simplicité.) La pénétration des idées socialistes dans les milieux aussi consen·ateurs que celui des grands propriétaires ruraux n'occasionne pas peu de chagrin aux autorités administratives et aux partis antisocialistes. Il est divertissant de \"Oir comment les libéraux et les conservateurs se reprochent mutuellement de f:l\"oriser, par leur propagande, la propagande socialiste. Ainsi b ,, Gaz.elled,i la Croix ", organe des hobereaux, se lamentant des progrès constants du socialisme à la campagne, s'écrie : « Le fait que le fils d'un de vos anciens .:!1efsdevient un socialiste convaincu ne témoigne guère de la force conquérante du parti progressiste! » Et la " Vossische Zeit1111)g), l'organe des progressistes, de répondre : (< La Gaz.ellede la Croix peut mesurer la force conquérallte du parti conservateur au fait que son plus éminent économiste, Rodolphe Meyer, est, sinon démocrate-socialiste, du moins l'ach·crsaire le plus déclaré de la Droite! » - Inutile de dire que nos amis sont tout à fait de ce double a\"is et qu'ils donnent à la foi raison aux deux journaux. Les vérités partielles gue ceux-ci expriment peuvent se résumer en cette phrase que les partis bourgeois, à quelque nuance politique qu'ils appartiennent, ne peuvent enrayer le mou\"ement socialiste, ni méme empêcher que dans leurs propres rangs ne s'élèvent des \·oix en faveur de la cause prolétarienne. On peut d'ailleurs constater que le parti conservateur - pour ne parler que de lui - est de plus en plus l'objet de violentes attaques de la part de ceux qu'il croyait être ses alliés. Après avoir protégé les antisémites et encouragé les premiers et timides essais du socialisme chrétien, il se trou\"C dans la situation de cet apprenti magicien de Gœthe qui, ayant appelé les Esprits, ne peut plus s'en débarrasser. Dans le camp antisémite quelques-uns se sont aperçus qu'on ne peut après tout condamner la néfaste influence du capital juif sans attaquer en même temps le régime exploiteur de la féodalité agrarienne; et parmi les socialistes-chn:tiens il s'est trouvé des hommes qui proclament qu'on devrait sui,-re plus à la lettre les ch:tpitres de l'Évangile qui posent pour principe que l'amour du prochain doit être le premier de\"oir de tout chrétien. - Et ainsi ces deux partis qui, malgré leur incohérence et l'apparent antagonisme de leurs conceptions, se touchent et se complètent en beaucoup d'endroits, ne rendent pas du tout à l'idée conservatrice les ser\"ices que les conservateurs a\·aient d'abord escomptés. Le nombre des feuilles plus ou moins indépendantes qui, presque toutes nées de Li propagande chrétienne et antisémite, prêchent aujourd'hui la guerre contre le Yieux régime clérical, politique et social, est très grand et il y en a du meilleur acabit. Voici les noms de quelques-unes d'elles : " Der moderne Vol/wgeist 11 (l'esprit moderne des peuples) organe qui combat pour « la liberté, la justice, la vérité et la vraie science - contre la tyrannie politique, économique et religieuse ... » - " Dns Éva11géli11m 11 (l'Évangile) « feuille pour la réno,·ation de l'enseignement de Jésus ». - " Das z.wa11z.igsl~ lahrlm11derl « (le Vingtième Siècle) soutient tous les efforts destinés à assurer le bien du peuple »... - " Die Versolm1111g JJ (la Réconciliation) sous la

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==