LA MUSIQUE RUSSE 491 M. Pierre d' Alheim, aprés avoir retracé la vie, peu heureuse somme toute, de celui qu'il s'est donné mission de faire connaitre en France, a, dans une forme trés littéraire, analysé le trés haut et trés noble talent du compositeur dont l'œuvrc, hier inconnu, sera peutêtre demain trés ,populaire. Cet œuvrc est considérable, tds yarié, toujours original. Cc sont des tableaux de la Yic du paysa11 russe prés duquel Moussorgski se plut a Yinc, vie d'êtres primitifs et naïfs (Dits et Chantspopulaires), de délicieux tableaux de la vie infantile (la Cbambre d'E11fa11ts); des pampblets11111sica11x, genre encore peu cultiYé. Ce sont les deux drames précités, deux épisodes typiques de l'histoire russe, et les fragments d'une Sala111111bô. Cc sont des cba11fbsébraïques; et de curieux tableau:\ d'Exposition. A cette très consciencieuse étude sont joints des fragments de correspondance, des pcnsees de Moussorgski; je ne citerai que celle-ci (qui d'ailleurs se trouve au commencement du volume, p. 19): L'art est le moym de converseravec lesbo111111icls; 1,' es/ pas 111b1ut. Parla11fde ceprincipe que la parole lm111ai1e1se/ soumise à des lois 11111sicales (\Virchow, Gervinus), je vois da11sla 11111siq110e1s1eulemwt l'expressiondes senlime11ls ait 111oyed1e1sso11s,mais sur/011/la 11ola1ion du la11gaglern111ai11. Cette phrase, qui contient tout le credo musical de Moussorgski, M. Pierre d' Alhcirn l'a répétec dans une brochure consacrec au même compositeur, et dans laquelle il reproduit les conférences-auditions qu'il fit l'hiver dernier a la Bodiniére. Joignant l'apostolat du verbe a celui de la lettre, M. d'Alhcim, non content d'avoir attiré l'attention des artistes sur cc génie ignoré trop longtemps, a voulu qu'on ne le crùt que sur preuves. On ,·erra dans la brochure publiée au 1\lfagazi11e I11te1:11atio1ial que l'opinion de tous ceux qui furent conviés a cette série d'auditions est unanime. Ç'a éte une révélation d'horizons nouveaux ouverts a la musique, et jusqu'alors insoupçonnés. Puisse le trés noble effort de M. P. d'Alhcim porter au.,plus tàt ses fruits, et qu'il nous soit donné d'applaudir (quand? ... où?) l'un des puissants drames lyriques de Moussorgski ! ( r) * * * L' Exposition du Théâtre et de la M11siq11e, qui nous avait promis monts et merveilles, n'est, malgré les admiratifs et presque quotidiens « communiqués» aux journaux, qu'une exposition trés banale où l'on (1) Je prie le lecteur de ne pas croire que cet article ait été écrit à l'occasion de récentes manifestations russophiles. Les circonstances seules m'ont empêché jusqu'.ici de parler du livre de M. P. d'Alheim. Ce m'a été, par conséquent, une occasion de dire quelques mots sur ce chapitre très intt:ressant de l'histoire de la Musique : celui de la Musique Russe.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==