-188 LA REVUE SOCIALISTE ont jailli de la même source méritent bien plus encore d'être remarquées. Progrès indéfini des sciences dont les problèmes brûlants remplissent les débats des saYants :rn lieu et place des stériles querelles religieuses d'autrefois; progrès en particulier de la chimie, qui penètre dans l'intimité des molécules et nous donne pour ainsi dire la psychologie de l'atome, tandis que la psychologie nous livre la sociologie du moi. L'une nous présen·e à jamais de la faim; l'autre nous affranchit de la crainte <le la mort. Progrès de la philosophie, chaque jour quelque grand novateur apportant un éYangilc inédit que chacun aspire à enrichir d'une Yariantc, destinée à le supplanter. Que dire de l'art et de la poésie, des mcrYcillcs qui célèbrent en un hymne sans fin l'apothéose de l'amour, <les nuances infinies, des rythmes subtils et harmonieux par lesquels s'exprime une psychologie toujours plus pénétrante et plus intérieure. (1) - Et le rêve prend fin ou plutôt s'élargit, s'envole aux mondes étoilés, dans la ·croyance que: « parmi les astres comme p:u-rni les hommes, les plus brillants ne sont pas les meilleurs, que les mêmes causes ont amené ailleurs les mêmes effets, forçant d'autres humanités à se blottir dans le sein de leur globe, à y poursuiHc en paix, dans des conditions singulières d'indépendance et de pureté absolues le cours heureux <le leurs destinées, et qu'enfin, aux cieux comme sur la terre, le bonheur vit caché. » Tel est cc beau rêYe d'une humanité régénérée par l'amour et par l'art. M. Tarde a cru nécessaire de supposer que cette vie sociale pure avait pour condition prcrnicrc l'élimination de la vie industrielle et agricole. Mais n'est il pas permis de conccYoir une sociétl où les tra,·aux matériels nlcessaires à l'alimentation et a~ltres besoins organiques seraient réduits au minimum par une organi'sation plus rationnelle du travail mieux diYisé et par un emploi sans cesse plus étendu et plus intelligent du machinisme perfectionné? Et dès lors le rêYe peut s'épanouir sur terre, i11tégrale111e11l, sous Lt splendeur des cieux et dans la Yerte floraison de la 'ature. Nous ne l'enfouissons pas sous terre pour un peuple de privilégiés échappés par miracle à la destruction du vieil univers. C'est sur terre que nous convions au paradis réel, réalisé par sa propre volonté et son effort incessant, l'humanité lassée de tant de luttes, de miscres, de tant de laideur et d'ignorance, aspirant, hors des cadres usés, à une vie jeune et neuYe, riche de beauté et de bonté, dans les plaines fécondées d'un traYail non servile l ALBERT LIVET. (1) Toutes ces pages sur l'art dans cette civilisation sociale sont admirables et il lire comme une joie Je l'esprit.
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