La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE par ce qu'il laisse espérer que par cc qu'il rejette et condamne. Si la fantaisie se donne libre cours dans les replis et les détails du songe, la pensée maitresse se fait jour dans la' conception générale, dans la Yision d'a,·enir, dans l'espérance qui se déroule et prend corps. Il y a, en un sens, matiérc ù plus de réflexions dans cette prétendue diYagation que d.rns les traités les plus hérissés, dans les plans les plus minutieux des économistes et des réformateurs de sociétés. « C'est vers la fin du vingt-cinquième sieclc de l'ère préhistorique, jadis appelée chrétienne, qu'eut lieu, comme on le sait, la catastrophe inattendue, d'oü procedcnt les temps nouveaux, l'heureux désastre qui a forcé le flcuYc débordé de la civilisation ù s'engloutir pour le bien de l'homme ... >> Telle est l'hypothèse sur laquelle repose cc prétendu frag111e1d1'tlJistoirlf'uture. « Mais aupara\'ant il con\·ient de rappeler en peu de mots le dcgrc de progres relatif auquel l'humanité était déjà par\'cnue dans sa période extérieure et superficielle à la veille de cc gra\·e CYénemcnt. » Cc premier chapitre, i\l. Tarde l'intitule : Prospérité. « L'apogée de la prospérit6 humaine, dans le sens superficiel et frivole du mot, semblait atteint. » Nous ne suiHons pas l'auteur dans tout le d6tail de son rê\·c. Nons ne vou Ions retenir ici que les indications essentielles, ,\ notre point de vue, à nous, socialistes, sans qu'il soit besoin de longs commentaires. Aprés cent cinquante ans de guerre, « d'horreurs, de luttes effroyables», l'établissement d6:finitif de la grande f6Jération asiaticoam6ricano-curop6cnnc et sa domination incontestée avaient habitué tous les peuples, conYcrtis en provinces, aux délices d'une paix nniverscllc et désormais imperturbable. Les peuples goûtaient le calme ·de la force accrue.On n'envoyait plus sous les drapeaux que les infirmes,« bien suffisants pour le rôle extrémeme11tamoindri du soldat et mème de l'officier inférieur». Grâce aux découvertes de l'école néo-pastorienne toutes les maladies 6taicnt connues, et l'humanitc physiquement très forte et tres belle. « AYcc l'ullité politique qui supprin,ait les hostilités des peuples, on avait l'1111itléi11guistiq11qeui effaçaitrapide111eutle11dresrnièresdiversités. J> De là un changement profond, rapide, universel dans les mœurs, les idées, les besoins, rien n'arrêtant plus dans son expansion rayonnante la \'Ogue d'une id6c nec n'importe oi.1. L'a,rt s'épanouissait dans une cmulation fiévreuse et universelle, car il n'était plus un simple passetemps de dl'.!licats. « Le peuple y prenait part avec passsion: à présent, il avait le plaisir de lire et de savourer les œ11vresd'art. La transmission de la force à distance par l'électricité et sa mobilisation sous mille formes avaient réduit à rien la main d'œu\'re. Distribuée et utilisée intelligemment par des machines perfectionnées aussi simples qu'ing6nieuscs, cette immense énergie gratuite de la nature avait rendu

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