La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

1.1-: MOUVEMBNT OUVRIER ET SOCIALISTE AUX ETATS-UNIS 467 L'autre trust a été constitué à Port Townsend (Washington) et a pour but de soumettre a une direction unique_ tout le commerce des bois, le long des côtes du Pacifique. Les capitaux qu'il associe ne représentent pas moins de cent trente-cinq millions de francs. La grande pr-opriété terrienne ou industrielle a pris des proportions inquiétantes, et par conséquent la somme de traYail consacrée à la production d'objets utiles aux traYailleurs reste stationnaire ou diminm;. Il n'y a plus d'augmentation dans la production du grain, et la production de la viande a diminué. Mais la production du fer a augmenté de quatre millions de tonnes en 1867, a dix millions de tonnes en 1895. La part des producteurs diminue de plus en plus. La masse de plus-value augmente toujours, et à peine un quart des producteurs sont engagés dans la production des choses nécessaires a la vie, alors que les trois autres quarts produisent tout le profit. Dans une relation publiée par le Peuple de Bruxelles, sur la triomphante ploutocratie américaine, Arthur Kcep, délégué au congres de Londres, a narré le départ d'environ 700 hommes de Minneapolis vers les fermes du Dakota nord et sud. Ces hommes furent poussés à s'y rendre par les mensonges et les promesses spécieuses de travail et de salaires éleves qu'on leur fit. Le Pacifie 'I{_ailway les voitura gratuitement. La conséquence de leur introduction fut que les salaires tombèrent, dans les fermes, de r/2 dollar par jour à zéro plus la nourriture; les malheureux mouraient presque de faim, et lorsque, après la moisson, ils demandèrent à retourner, le chemin de fer r~fusa de les transporter, ils furent repoussés et eurent à parcourir environ 200 milles par une température au-dessous de zéro. D'une conférence faite a Londres, a l'issue du congres, par un autre délégué américain, le citoyen Lucien Sanial, nous extrayons le passage suivant, d'une brûlante actualité en ce moment de lutte ardente pou-r l'élection préside~1tielle entre les hommes d'or et les hommes d'argent. La question monétaire, la lutte entre les partisans de l'or et ceux de l'argent, est tout bonnement une lutte entre deux voleurs. Les « goldbugs n sont les prêteurs. Là où leur prêt était de la valeur d'un bushel, la dépréciation de l'argent et du prix du grain lui a donné la valeur de deux bushels. Ils demandent, par conséquent, à toucher deux boisseaux pour leur prêt d'un boisseau. Les partisans de l'argent (silverites), d'autre part, demandent à payer leur dette d'un boisseau au moyen d'un demi-boisseau. C'était une question qui n'intéressait que ces deux voleurs ; mais le peuple pourrait en souffrir, et la classe moyenne pourrait voir les travailleurs défendre sa cause une fois de plus. •

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