La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

NOUVELLE INTERPRÉTATION DE PHÉNOMÈNES SOCIOLOGIQUES 45 3 clic supprime l'intuition et la remplace par la logique. Tout cela affaiblit les forces génésiques. Sous la pression des formes sociales, l'c~olution biologique doit donc s'arrêter ou même rétrograder. On amasse les fruits du génie, mais on en détruit la souche. C'est là un des plus grands dangers de la civilisation. Revenir à la lutte pour l'existence pure et simple, comme celle qui a lieu dans la nature, n'est plus possible ni désirable;· il faudra donc atteindre le rriêmc but par les moyens que l'évolution sociale nous a fournis. A la place de la selection naturelle, si faussée par la sociétc, il ne reste qu'à mettre la sélection artificielle. Autrement dit, l'individu comme but, la solidarité comme moyen. Cette dernière ne peut être un but par elle-même, car elle appauvrit l'individu. Les formes sociales n'ctant qu'une dhiation des forces individuelles de leur destinée propre, il s'agit de trouYer un point où l'évolution sociale et l'cvolution individuelle se trouYent dans un rapport harmonieux. Ce problème, nous le formulerions ainsi : la déviation des forces individuelles pour des buts sociaux n'est saine et normale qu'en tant que l'individu est en état de produire une espécc.: supérieure. Comme un ingcnicur mécanicien marque sur un manomètre le point exact où la tension est maximale, sous peine de voir éclater la chaudièrt, de même l'ingénieur social aura a fixer le point où le développement individuel ne sera pas entravé par la pression sociale. Ainsi sera résolu l'antagonisme entre l'individu et la société. Mais ces formidables questions peuvent à peine être posées dans la société présente. Qui voudrait s'en charger quand la question économique occupe tous les esprits, quand il n'y a pas de pouvoir capable de le faire, quand enfin les indications de la sociologie ne sont encore ni assez précises ni assez concordantes pour qu'on puisse s'en inspirer dans les essais pratiques? Voilà pourquoi il importe de résoudre la question économique dans le sens socialiste. Cette solution de la question économique ne fait qu'aplanir la Yoie a des solutions ultérieures; en abolissant la misère et en propageant l'instruction, elle <letruit l'obsession des déprimantes questions économiques, sous k joug desquelles nous sommes maintenant courbés, et permet à l'esprit de se tourner vers des questions plus hautes. Il faut qu'une nouvelle génération, libérée du joug humiliant des questions matérielles, comprenne que la question sociale ne peut être résolue que d'une façon scientifique et se soumette de son propre gré à cette solution. La sociologie aura cependant du temps pour se constituer comme science definiti ve avant de prendre dans ses mains la direction des choses humaines. Le socialisme comme phase intermédiaire, doit s'occuper du développement harmonieux et de l'individu et de la solidarite; il fera un essai bienfaisant en contrecarrant cette destruction systématique de toutes les forces vives de l'humanité que présente la société capi-

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