NOUVEL!..E INTEltPRÉTATION DE PHÉNOMÈNES SOCIOLOGIQUES 447 personnes médiocres, insignifiantes. Ces individus sont volontiers protégés par la foule, car leur domination flatte son amour-propre. Chacun se dit:« Je pourrai devenir moi-même un tel. li est un des nè>tres. Il n'exprime que ce que nous exprimons. » Dans les sociétés démocratiques, on remarque un phénomène inverse de celui dont nous avons parlé jusqu'ici: l'hypnotisation de l'individu médiocre par la foule. Elle lui dresse volontiers un piédestal. Ces individus ne sont que des porteparoles de la foule, ses membres souvent les plus nuls. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les Parlements, les Chambres, les Sénats, les Académies pour se convaincre de la nullité des gens mis en vue, la plupart du temps par la masse. Il y a donc individus et individus: ceux qui créent de nouvelles formes de vie psychique en détruisant les vieilles, par la lutte contre la foule et ceux qui n'expriment que ce que les foules ellesmêmes sentent et veulent. Les premiers sont des produits de la sélection naturelle, génies qui poussent en avant les foules, apres les avoir fascinées et soumises par l'ascendant de leur personnalité. Les seconds sont un produit de la sélection sociale (ks examens, les concours, la soumission, la protection, etc.), piétinant sur place avec la foule, après s'être emparés d'une partie de la richesse matérielle, politique ou morale existante. Nous avons vu précédemment que dans les époques d'évolution paisible, sous la pression de formes sociales qui s'ossifient, le génie tend à disparaitre dans la littérature, l'art, etc. On peut en dire autant du domaine de l'action : dans tous les bouleversements politiques et sociaux on trouve sur la scene historique toujours quelques hommes de génie, dont autrement on n'aurait certainement pas entendu parler; ils eussent été casés par la société dans quelque comptoir ou bureau et, e;1 cas de révolte, dans des prisons. Mais cette idée est tellement connue, qu'il suffit d'indiquer les héros de toutes les révolutions sans trop s'y arrêter. Qui sait si, pour se libérer des orties, mousses et lichens de la foule, qui menacent de tout ctouffer, la société :1e sera pas un jour contrainte, - pour ne pas devenir un vieux tronc poussicreux et vermoulu, envahie par des fourmilières comme en Chine, - de provoquer périodiquement et d'une façon artificielle des tempêtes qui purifieraient l'atmosphere pesante, et en tassant et en entremêlant les rapports existants, chasseraient les animalcules incrustes dans les interstices du monde social, et permettraient à la lîn à la force i1wentive, aux capacités réelles de se révéler. Ainsi, dans un canal, pour empêcher la pourriture des eaux, on relève les <'.:cluses périodiquement. Ou plutôt la science de\Ta élaborer un plan d'organisation sociale, mobile et souple, qui rendrait Jc5 tempêtes inutiles. Le génie présente donc, d'après nous, la possibilité de produire des types biologiques plus élevés, d'une espéce supérieure à l'homme
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