La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

1A RE\.UE SOCIALISTE façon trop ;ibsoluc. Qu'est-ce qu'une idée? Une réaction entre une somme J'ét.lls inconscients, conditionnés p:H un cerve.1u donné et les circonsunces du milieu. Si nous pl.1çons deux cspéccs biologiquement Yoisin<:sJans des conditions d'existence différentes ou contraires, leurs pensées seront différentes ou contr;1ires, de mème que les inventions qu'elles feront. La pensée d<: l'.iraignée est différente de celle de la fourmi. Cn lion ou un tigr<:qui YiYent solit.1ires différent par leur pensée de la vache ou Je l.1brebis, qui vi\·ent en tr.oupeau. Prenons qm:lqucs exemples Jam la société hnnuine : le bourgeois français coulant une existence L'goïste n'est p,1s en état de comprendre le moujick russe Yi\·ant dans Ll commu111.:.L'homme ci\·ilisé ne comprend pas le sauyage : il suffit de r.1ppeler toutes les monstruosités imaginées par les missionnaires .lll sujet de « l.1déb,lllche » ou de « l'immoralité » des sam·ages, etc. Donc des cer\'eaux plus ou moins analogues, placés d.1ns des conditions différentes, pensent différemment, au point de n'ètre mt'.:mepas en état de se comprendre mutuellement. D'un .rntre c<'>té,prenons deux types biologiques différents et mettons-les dans des conditions extérieures identiques et leur pensée sera de nouYeau différente (r). Selon nous, c'est là qu'est le défaut de la cuirasse de la prétendue thé,1rie de la dialectique sociale qui considere tous les phénomenes sociaux comme d<:smanifestations d'un mème processus de la pensée logique, et cette pensée comme éternelle, îmrnuable, embrassant toutes les sociétés. Or il y a aut.rnt de modes de pensée logique qu'il y a Je types sociaux, qui, de leur coté, dépendent du type biologique des memlm.:s de la soci<'.:tédonnée et des circonstances extericures du milieu. Cette logique mème, pn'.:ten<lue i1wariable, cette dialectique est un phénoménc seconJairc, dériY<'.:d,épendant du type social. ~on seulement on ne peut pas expliquer l'é,·olution sociale par la logique ou par la dialectique; mais, au contraire, il faut plutot déduire la logique elle-mème de cette érnlution. Hegel seul, ponr gui la pensée est un processus <'.:terne!,toujours le mème, et l'essence des choses, put troLffer dans la logique l'cxplic1tion de tous les phénoménes, entre autres des phénoménes sociaux. :\lais le point de rnc de la science contempominc est tout autre; il considere le processus de la pensée comme tout relatif et variable. A proprement parler, il existe non une seule dialectique g<'.:nér:ilc, mais plusieurs, tres nombreuses et différentes. >;OUS voyons donc en définitiYe que les deux formules, évolutionniste et dialectique, .1ppliquécs à la société sont en partie vraies, en partie fausses et toutes deux incompletes. La part de Yérité gui y est (1) ~ous r~,·cnons :1 cette question d.rns l.1 suite.

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