NOUVELLE INTERPRÉTATION DE PI-IÉ>-lmii°oNES SOCIOLOGIQUES 32 C L'étroitesse et l'insuffisance Je la formule érnlutionnistc appliquée à la société provoqua dernicrcmcnt une réaction. Entre autres, cc fut M. Tarde qui· dirigea contre elle une critique accrbc (1). D'après lui, les phénomènes sociaux ne s'opèrent pas par voie <lc diffèrenciation et d'intégration impersonnelle; ils ont, au contraire, toujours pour origine une découYertc, une inYc:ntion, gui est ensuite répétée hypnotiqucmcnt par 111. foule, dans les di,·crs domaines de l'État, de la famille, de la morale, de la litteraturc, de l'an, etc. En analysant ces inventions et d0couvcrtcs, M. Tarde: arriYe à la conclusion que cc sont des jugements purement logiques, établis soit sur une quantité de faits nouveaux, soit sur des découvertes anciennes. Toute idée peut être considérée soit comme tbèse, soit comme n11fithèse d'une idée antérieure, soit comme sy11tbèsc lie toute une sèric de thcscs et d'antithèses. Chaque in\'Cntcur qui proclame une idée nomelle fait surgir une masse de croyants, d'imitateurs: les antithcscs d'idées se traduisent par des conflits de groupes d'imitateurs, conflits souYcnt sanglants, ou qui finissent par un arrangement réconciliant les deux partis dans une synthcsc. Ainsi le dèYcloppcmcnt historique peut être - toujours d'aprcs M. Tarde - démcmbn'.: en une série de processus logiques, compris dans les termes de la thcsc, de l'antithcsc et de la synthèse, et devenant de plus en plus complexes. C'est ainsi qu'a la place de l'évol11tio11 sociale (procédant d'aprcs la fonnule différenciation et intégration), M. Tarde met la dinlecliq11e sociale (et sa formule: thcsc, antithcsc, synthcsc). Mais, à notre aYis,ces deux théories ne se contredisent pas r,èccssaircment; clics sont plutôt d'accord. En effet, la Yoic par laquclk proccde le <léYcloppcmcnt social est en partie la lutte des idées et des groupes d'hommes; mais si l'on compare les r0sultats de cc développement, on remarque qu'ils se caract0risent en même temps par une différenciation et une intégration. Prenons un domaine quelconque de la Yie sociale, par exemple la littérature. 11est évident qu'elle se dèvcloppc par la lutte de nouyeJlcs idèes et i1wcntions battant en brêche les vieilles. Mais si nous comparons les stadcs diYcrs du dlYcloppcmcnt littér:iirc, on remarque une différenciation croissante : la littérature se différencie de la science; et chacune d'elles se divise en toute une série de o-enrcs distincts. La théorie de l'érnlution dans le domaine ,:, social n'est donc pas en contradiction a\'ec la thèorie de la dialectique, pas plus que dans le domaine naturel. A nai dire, la th~oric de la lutte pour l'existence de Darwin est une théorie dialcctiquc; entre les espèces luttant. on peut toujours en considcrer une comme représentant la tbèse, une autre (l'espécc ennemie) comme l'antithèse. Leur (1) Voir les Lois de l'i111ila.lio11. 2I
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