La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE MOUVEMDff IOtALISTE prt'.:dt'.:terminées de la pensée; (}: le crois bien!) c'est de savoir, pre111ière111e11t, quelle est la \·aleur de la pensée même et de la conscience comme expression de la réalité une et uni\·erselle; ensuite et surtout quelle est l'action de la pensée sur la nature ... L'idée n·est pas un pur résidu de l'abstraction; (Bravo!) elle est une manifestation de réalités plus hautes; (Parfait!) sa conception même est déjà une coopt'.:ration consciente à l'œune éternelle. En paraissant construire un monde purement intelligible, nous construisons et enrichissons pour notre part un monde réel. » Enfin, rnilà donc la philosophie aiguillée de nouveau sur s.1 vraie voie. Cette glorification de l'utopie ~ociale n'est pas une innorntion, m:1is un retour aux saines et vigoureuses directions de la haute pensée de jadis. Cern.: introduction au livre de i\!. Fouillée e~t précieuse, elle a réellement la v:1leur d'un manifeste. Peu importe la manit'.:re dont il « débbc le terrain » d.ms le reste de l'ouvrage, puisque le dt'.:blayage est fait désormais. Pour ceux <les lecteur~ de la Rev111s•ocin/ist,, qui \·oudraient cependant a\·oir une idée de cet ouvrage en son entier, il me faut en donner un résumé aussi succinct que pos~iblc . .M. Fouillée constate qu'on a di\·isé l'univers en deux parties, l'une acquise par la science, l'autre qui constitue l'inconnaissable absolu ou relatif. li proteste contre cette di\"ision. On peut arri\·er à concevoir l'inconnaissable relatif, mais il n'y· a pas d'inconnaissable absolu, « roi fainéant de l'abstraction ». L'admettre, ce serait renoncer à penser. C.:: serait « le suicide de l'intelligence >>. Pour l'inconnaissable relatif, il nous est ,c subjccti\·cment donné comme constituant notre réalité même». M. Fouillée apporte à l'appui de sa thése une grande abondance d'arguments et de témoignages philosophiques, signale les inconséquences d.:: Kant mettant :\ la fois en doute et affirmant la possibilité de l'inconnaissable, et critique Spencer qui affirme l'existence objective de l'inconnaissable, afin de tenter une impossible réconciliation de la science de la religion. • li étudie ensuite l:1 théorie bntiste de la connaissance et, arri\-.111tà l'explication l'.:volutionnistc, ne la déclare pas plus satisfaisante. Ce n'est pas non plus , dans le spiritualisme insuffisamment de::gagé « de certaines traditions remontant à la philosophie transcendant.:: », qu'il faut chercher la vérité. 11 faut donc tout ramener, de près ou de loin, à l'intuition de l'expérience. En voulant encadrer de force l'inconnaissable dans un plan philosophique général, on a multiplié les contingences afin d'introduire l'indétermination « qui, chez l'<~trc vivant, pût de\·enir spontanéité, chez l'homme, libre arbitre». M. Fouillée conclut \"igoureusement : « Tant que le nouméne fait le mort, je puis bien le supposer inconnaissable; dés qu'il se m0le il notre vie et veut se promener sur terre, il n'est plus imprenable aux relations de la connaissance. Si l'inconnaissable met la tête hors de son trou, je le décapite. » Mais j'en ai assez dit pour montrer quel intérêt présente cc livre, dont les dernières pages sont consacrées aux abus de l'inconnaissable en morale. Il \"ient en un bon moment et fortifiera, en les consolant de quelques agressions injustes venues du camp socialiste même, ceux d'entre nous qui ont toujours refusé et refusent plus que jamais de considérer leur doctrine comme née uniquement d'une transformation de l'outillage industriel. EuGbrn FouR:sii::RE.

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