LE GRAND PA~ 301 pas. Je suis assez Yigoureux. Je rassemblai mes forces et je lui lançai ... 1111 ri·- gard ... qui le terrassa. » Et cette historiette, qui en dit long sur le prétendu attachement des paysans à la religion. Jacques fagot se meurt. Sa femme lui annonce la venue prochaine du curé. « Pourquoi faire? répète le mourant sans penser. - Ah! bien, tu ne crois pas qu'au chùteau on me donnerait du lin, si je te· laissais partir, comme ça, sans faire venir M. le curé? » Arrive le cmé, qui dit à Jacques: « Eh bien! me voilà, mon ami ; voulcz-Yous que je \"Ol!S donne les sacrements? - Oh ! monsieur le cur0, fait le moribond;\ la fois rcs1gnt'.! et bienveillant, vous pouyez bien me foutre tout cc que vous voudrez. » Clemenceau se trouYC face à. face a,·ec un singe en cage. L'anthropoïde lui semble affecté de cette insultante curiosité. « Je répondis, fait-il, par un haussement d'épaules qui signifiait i1 peu près : « Pardonne-moi, fri:-rc. Si les « tiens étaient les plus nombreux et les plus forts, c'est toi qui serais dans la « grande cage, et moi dans la petite. » Et s'épouillant, le singe semble lui dire: « Tu vois, même vermine, m0me sang. L'humble pou lui-même atteste « que nous sommes frères. » Et de la gaieté, bien franche. Jugez plutôt. << Un jour, je vois entrer un phtisique (il sa clinique de Montmartre). Sans fermer b porte de la salle d'attente, j'installe mon client dans un coin de mon cabinet et je lui dis d'un ton pressé : « Déshabillez-vous 11. Pendant que le malheureux se prépare pour l'auscultation, un autre malade se présente. Encore un phtisique! Je le campe cbns un autre coin, et, plus impérntif que jamais, je crie de nouveau: « Diishabill,·,-rnus ! " Un troisième visiteur apparait. Celuilà est grand et fort, il a les joues fleuries et ne présente aucun signe morbidc à l'œil le plus exercé. Il a entendu la parole assez brusque dont j'ai accueilli les deux hommes qui l'ont prt'.!cédé. Il entre, il voit les camarades en train de se dévêtir. Sans hésitation, il enlève d'un geste rapide sa veste et son gilet, pui~, laissant tomber son pantalon, il me dit placidement: « Je voudrais 111u· place da11s lt>sPostes. » Le malheureux avait compris qu'il était d'uniforme de se mettre en chemise devant moi, quoi qu'on eùt à me dire. » Et enfin, ceci, lugubre dans sa brièveté: « On parlait d'une brodeuse qui gagnait r I fr. 50 par semaine il orner des casquettes à raison de deux pour trois sous. - Comment fait-elle pour vivre? disait-on. - Elle est entretwue, HEUREUSEMENTr,épondit sa voisine. » Je citerais tout le livre, car tout est également attachant, tout donne 0galement à penser. Faites comme moi, plutôt. Lisez ce livre, fait d'articles écrits au jour le jour. Ils en disent plus sur notre temps, ses mœurs, ses souffrances, ses aspirations, que vingt trait0s spéciaux. EUGÈNE FOURNIÈRE. '
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==