20 LA REVUE SOCIALISTE circonstance aussi vos intérêts sont sacrifiés à ceux des détcntel'.lrs, de la puissance industrielle. Je veux vous parler des co~ons, cette vieille industrie des Cévennes et du Midi, qui si longtemps a donné l'aisance à nos populations et qui aujourd'hui - la maladie du ver à soie étant définitivement vaincue grtice à Pasteur - souffre d'un mal plus dangereux encore: l'exploitation capitaliste. 0 Lc prix de revient du kilogramme de cocons chez le producteur est de 3 fr. 2 5 à 3 fr. 50. A ce chiffre, il faut ajouter la prime à la sériciculture votée par les Chambres qui est, comme vous savez, de o fr. 50 par kilogramme. En 1894, les prix s'étaient relevcs: on avait vendu les cocons 4, 5 francs; mais en r 89 5- r 896 les cours sont retombés à 2 fr. 50 ou 3 francs, cc qui avec la prime forme un total de 3 francs à 3 fr. 50. A ce prix, le travail absorbant des magnaneries n'est point payé; le sericiculteur rattrape seulement l'argent déboursé, surtout en ce moment OLl la feuille de mùrier devient de plus en plus chère. Si la situation ne change pas, la sériciculture méridionale est perdue; cette industrie si répandue dans nos montagnes, qui a.pportait si souvent un peu d'aisance, un peu d'argei1t liquide au menage du paysan, disparaîtra à son tour, comme ont disparu tant d'autres cultures ou petites industries rémunératrices. Cependant on aurait pu vous defendre ou tont au moins l'essayer. Il eùt suffi de faire subir aux cocons la loi commune et de les frapper, comme toutes les autres marchandises étrangéres, d'un droit de douane; c'tût été au moins une solution apparente ! Quand l'interêt de la haute bourgeoisie exige qu'une marchandise soit soumise au régime protectjonniste, le tarif de protection est promptement voté; mais si l'avantage capitaliste exige le contraire, c'est le contraire qui prevaut. Ici, l'intérêt des hauts et puissants seigneurs du tissage etait opposé à celui des paysans, et les paysans ont été sacrifiés ... Écoutons un député non socialiste, M. Maurice Faure : Lors de la discussion du tarif général des douanes, à la suite d'une: campagnede presselargeme11ptayée, sous l'influence des 111a11œ11vres des puissants capitalistes de la fabrique lyonnaise, tandis qu'on accordait une protection par voie de taxe à tous les produits agricoles, on la refusait à la sériciculture et à la filature. Mais il fallait cependant jouer la comcdic populaire démocratique. C'est alors qu'on a voté la prime. On vous a jeté une misérable aumône de 50 centimes. On vous traite avec le plus superbe dédain - parce que vous êtes des producteurs, des travailleurs, des paysans. Les filateurs au contraire sont des messieurs, des capitalistes moyens. Aussi voyez comme l'État et les Chambres leur parlent respectueusement et poliment. On leur attribue une prime de 400 francs
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