La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

16 LA REVUE SOCIALISTE maintenir la rente du sol, payée par les cultivateurs, on a établi un droit de douane de 7 francs les roo kilogrammes, soit 5 fr. 60 par hectolitre sur les blés venus de l'étranger. Vous avez cru que cette mesure, inspirée par les parasites de la terre, vous sauverait. - Elle n'a rien produit de sérieux pour vous, petits proprietaircs; si vous vendez votre blé quelques centimes plus cher, vous payez aussi plus cher (en vertu de la même protection) les objets manufacturés dont vous avez besoin : car vos dépenses absorbent complétemcnt vos recettes. La protection ne sert vraiment qu'aux gros exploitants: riches fermiers qui opérent sur de grandes quantites et grands propriétaires oisifs, qui préviennent - par ce moyen - l'abaissement du prix des fermages. Le bénéfice de la protection vous est ravi, parce qu'au moment de la récolte, la coalition des speculateurs ( une poignée de Grecs à Marseille et de Juifs allemands à Paris) accablent le marché et abaissent les cours par des importations considérables. Au moment ou vous être forcés de Yendre - parce que vous avez besoin d'argent - les cours sont toujours bas. Vous vendez la mort dans l'âme - au plus mauvais moment; et plus tard, lorsque le blé n'est plus en ,•otre possession, lorsque les gros spéculateurs l'ont accaparé, les cours se relèvent - trop tard pour Yous, mais au plus grand avantage de ceux qui dominent le marché par la puissance de leurs capitaux coalisés. N'oublions pas les fraudes consenties au bénéfice des gros minotiers de Marseille. D'après cc qu'on murmure, ces messieurs ont pu pendant longtemps faire entrer à Marseille, sans payer de droit de douane, des bics lcgèrcment ccrascs qui ctaient - pour la circonstance appelés : son. Vous le voyez encore; l'intérêt de la bourgeoisie capitaliste est opposé au vôtre - mais le vôtre est toujours sacrifié. Notre ami Jaurès avait cependant trouYé un excellent moyen de couper cours aux manœuvrcs de la spéculation; il aYait proposé d'attribuer à l'État le monopole de l'importation des blés en France. Chaque année, on aurait fixé par une loi le prix auquel, en cas de récolte trop faible pour suffire à la consommation du pays, seraient inis en ventc'les blés étrangers importés par l'État et Ycndus par lui. Admettons par exemple le prix de 20 francs. Cc prix régularisait les cours, empêchait et la baisse exagérée, nuisible au proprietaire, et la hausse exagérée, nuisible au consommateur. Actuellement, quand, à New-York, par exemple, le prix des blés tombe très bas, les tarifs de douane ne jouent plus; on a encore avantage à venir vendre en France - en payant les droits. - Dans le cas où l'État serait le seul importateur, la dépression des prix, au lieu d'alourdir les cours et de ruiner le paysan, laisserait dans les caisses de la nation la différence

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