La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

I.E PEUPLE ET LES FÊTES 179 Les navigations de l'antiquité, dont le maximum semble offert par le périple d'Hannon, nous conduiront au seuil du moyen ùgc, OLI nous ' verrons notre globe. connu se rétrécir pour l'homme, ainsi qu'il s'était agrandi devant sein initiati\·c curieuse, se conformant toujours comme celles-ci, par rapport à lui, aux bornes de sa pensée, au déYcloppcmcnt de sa cervelle. 1'!arco Polo ounira de nouveau l'ére des conquéres géographiques, de la marche en ayant sur les mers et les continents. Christophe Colomb et Vasco de Gama apporteront au Yieux monde les deux Indes, les Indes occidentales et orientales offertes aux entraînanb désirs d'expansion, en tous sens et sous toutes les formes, de la Renaissance. Pourquoi les chars de nos défilés ne se feraient-ils pas caravelles en route Ycrs l'inparcouru, puis terres décou\'ertcs, Afrique australe, extrême Orient, Indes occidentales et Indes ,·éritabks ? La mécanique, dont les sociétés modernes sont filles par tant de côtés, économiquement parlant, la physique, la chimie, l'histoire naturelle, etc., n'ont-elles rien à fournir à nos spectacles? Et la philosophie moderne, fleur et fruit de cette \'egétation multiple entremêlant les facultés intellectuelles de l'être humain et les actions et réactions des lois, de la phénoménalité universelle, la philosophie, sommet, synthl.'-se supérieure de tous ces éléments, ne trOu\·era-t-dlc pas un cerveau d'artiste capable de nous exprimer plastiquement cc superbe rapport, de le symboliser d'une façon parlante à tous? Clemenceau l'a écrit en lignes d'u11e éloquence à la hauteur du sujet - cc qui est tout dire - le grand Pan n'est pas mort. Le grand Pan est le patrimoine de l'humanité, et tant qu'il y aura des êtres animés, capables de sentir et de penser en quelque partie du tout que ce soit, il YiYra. Il viYra d'eux, de leur communion aYcc le monde ;i périphcrie qui n'est nulle part, selon la formule de Pascal, et que leur centre i_itclligcnt emplit tout entier, fait sien partout. C'est cc grand Pan, la dcrniérc des di\·inités, la seule encore possible, cmblématiquemcnt, aprcs l'écroulement des religions vieillies sur les religions \·icillics, des hallucinations déifiantcs sur les hallucinations di'.:ifiantes, c'est cc grand Pan que nous appelons :i notre aide, que nous voulons présidant à nos futures fêtes. La religion, chez les Hcllcnes, n'admettait de culte que les fêtes. Nos fêtes peuvent atteindre à ce caractcre religieux - en prenant le mot religion dans le seul et unique sens que la pensée moderne \'cuille accepter: le sens d'unissant, de reliant en une aspiration, un idéal commun, - nos fêtes peu\'ent devenir, en les conceYant aYec l'ampleur qui leur convient, le vrai culte artiste des sociétés futures; celui de la vie en sa marche constante vers le mieux, le plus compréhensif, le sondé, le pénétré, le conçu, le reconstruit intellectuellement, !'humainement approprié : le culte du progrés. Rroux DE MAILLOU.

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