La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

.. LE PEUPLE ET LES FÊTES 175 entons la Yive lumière sur l'ombre <'.:paisse.Nous voulons l'<'.:blouissant de l'intense clart<'.:dans le profond isolant de la nuit. Nous faisons participer ces dcu~ extrêmes entre les extrêmes au spectacle que nous appelons de nos vœux. Il nous le faut brod<'.:en arabesques de flammes sur le tissu ,·clouté d'ombre fourni par la nuit illimitée. Par cela même il exprimera symboliquement cc qu'il aura mission de représenter dans ses détails, sous ces divers aspects, i traYcrs le temps : la superbe flambée promenée par la cara,·anc humaine en marche en la nuit des âges, portant haut et ferme dnant clic le flambeau sacré du progn:s, flambeau dont la flamme laisse partout ou il a passé une traînec lumineuse, une trace ineffaçable en d<'.:pitdes cataclysmes, des ouragans mauvais, des ruades stupides des choses, des assauts cosmiques d'un chaos imbecile. Cela dit, ce que nous Youlons indiqué, expliquons comment nous le voulons. L'extrême orient nous fournit l'embryon de notre projet. La fête nocturne annuelle du dragon célébrée en Chine en contient les elémcnts techniques. Les Europ<'.:ens à qui il a été donné d'assist.cr. i quelqu'une de ces fêtes en ont tous fait des récits émerveillés. Le principe décoratif des défilés du dragon consiste en transparents ayant la forme de l'apimal fabulcLL'Xr,ichement enluminés, et éclairés i l'intérieur dans toutes les parties de la carcasse. Cc sont ces monstres lumineux qu'un cortége armé de lanternes de papiers de toutes sortes promène proccssionncllcmcnt. dans l'obscurité. C'est tout, et il paraît que c'est assez pour transporter les imaginations des spectateurs dans les sphères des contes des Mille el 1111Neuits. Chez nous, en France même, deux petites villes de quatriemc ordre, Auxerre et Sens, s'offrent depuis des années, à l'occasion de leur fête loc:i.lc, des retraites dites ill11mi11ées, analogues - toutes différences de race, de pays et de tendances gardées - à ces processions fantastiques des habitants de l'Empire des Fils du Soleil,, ou de ceux de leurs voisins les Japonais, des fils de la Terre du soleil levant. A Sens ou Auxerre, le mythique dragon du pays par excellence des monstres est remplacé par des chars à visées, soit historiques, soit symboliques. Le défilé parisien auquel nous avons assisté en 1889, lors du cente11airc de la Révolution, peut nous permettre de nous faire une idée approximative - de très loin et, partant, tout i fait rclatiYe - de ce que sont les chars des deux petites villes de province en question. Nous disons : de très foin et tout à fait relativement, car le cortège de 1889 commémoré du centenaire a èté un défile diurne, cc qui établit entre lui et ce que nous desirons la différence pouvant exister entre une lanterne éteinte et une lanterne allumée; entre une grossière

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