La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PEUPLE ET LES FÊTES 17 3 geais qu'un riche châtelain laisse pénctrer en son parc illuminé à certain soir de réjouissances tapageuses, et qui assistent du dehors de la salle, par les fenêtr:cs ouvertes du rez-dc-ch:n1ssce, au repas et au bal qui ont lieu dans l'opulente demeure. Ils n'ont qu'à crier: Largesse/ si on leur jette quelques bribes du festin, si l'on défonce quelques barriques pour leur permettre de boire à la santc du maitre. Regardez, sur les vieilles estampes, les dc'.:gradantcs scéncs orgiaques que présentent, dans les Champs-Élysées, les fêtes du roi, sous la Restauration. Du haut d'échafaudages à l'abri de ses assauts répugnants, des hommes lancent à la foule guenilleusedes saucissons ou autres comestibles. On se rue en bas les uns sur les autres, on se cogne ferme, à qui s'emparera de la pùtée. Et les beaux messieurs, et les belles dames, de rire, formant autour de ces batailles ignobles une galerie à aristocratique mépris. Le tour du liquide vient. Des seaux sont tendus par des malheureux en mal de soûlerie. D'autres, armes de longues perches au bout desquelles une grosse éponge est attachée, font tous les efforts imaginables pour pomper adroitement au vol le vin des récipients. Nouveaux horions échangés, nouvelle bagarre, et joie sans bornes de la galerie. Vive le roi! Et le peuple? Je ne l'ai connu, dit Musset dans ses Co11fessio1d1'usn enfa11tdu siècle, que les jours de descente de la Courtille; j'étais en voiture, et il me criait des injures ou m'envoyait de la boue. Mauvaises conditions pour faire amicale connaissance, arriver à se comprendre et à s'estimer. Aussi le même Musset affirrnera-t-i 1 que la liberté 11e,,ait point sur le fumier des villes. Il ne l'admettra qu'à l'altitude des glaciers, sur les sommets des Alpes romantiques. Nous ne voulons plus du pai11el les jeux du cirque. Le temps de la plèbe romaine est passé. On ne donne plus de fêtes au peuple : c'est lui qui se fête lui-même. En tant que peuple, que sociétc particulière, que collectivité distincte, il fête rcprésentativement les remarquables étapes de son existence socialement propre; en tant que composé d'êtres humains, appartenant à la commune cspécc, à b. même· division zoologique ancestrale, il a à commémorer, en cc qui regarde le passé, exprimer aspirativement, en cc qui concerne l'avenir, les progrès accomplis ou voulus, devant être accomplis : cc qui nous ramène à la formule contenue dans le titre du bel ouvrage testamentaire de Condorcet, au Tableau bistoriquedesprogrèsde l' esp1-iltmmai11. Et, effectivement, c'est ce tableau sous forme de mouvant spectacle, qui nous semble convenir à des fêtes véritablement démoC:ratiquc au sens le plus élevé, le plus philosophiquement entendu du terme. C'est un projet dans ce sens que nous voudrions exposer ici dans

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