LE PECPLE ET LES FÊTES 17 I santcs et le charivari nocturne des naturels de l'A(rique ou de l'Océanie, n'échappent pas plus à cette loi du céré111011icl que n'importe quelle manifestation, joyeuse ou sombre, des CÏ\'ilisations arriYécs à notre degré de m~turité. En dépit d~ leurs ,·crtigincux emballements, de leur délir:rnte griserie, en apparence d'un diable au corps tout physique, fait de trop pll:in de \'ic animale, d'excès musculaire à dépenser, les sam·agcs les plus près de la physiologie pure disent quelque chose, r;1ppcllcnt quelque chose ou aspirent mécaniquement à quelque chose, u1 leurs sauts cxtrarngants et leurs d~chirants hurlements <lepresque fauves. Telles sont les raisons pour lesquelles nos (0tes actuelles, :\ sens à peu prés perdu, tournent si ,·ite au désel!uvn:ment de troupeau s:rns but, Llché en plein inconnu, aYcc l'instinct qu'il y a ;i être contrnt et a le té; ,oigncr, mais sans sa\'oir pourquoi ni comment. Nous ressemblons assez :\ ces dé,·ots par chic mondain, qui assistent à des ser\'ices religieux dont la signification \.'.Stplus que du latin, est, comme on dit n1lgaircment, Je l'ht'.-brnt pour eux. Ils se lc\'cnt, s'inclinent, s'agenouillent, automatiquement, en se guid;1nt ks uns sur les autres; ne comprenant qu'une seule chose, c'est qu'il y a eu un coup de hallebarde du suissl.'., et qu'il y a :\ effrctu<.Tquelque mouvement à cc moment. Entre temps, pendant que se poursuit l'office, dont on est ;i cent mille lieues, on lorgne, on se reco111L1it :i distance, on s'e11\'oie Jc petits saluts, on cause, on rit, on potine, on b;'\ille, main de,·ant la bouche, on St! mouche, on agace Li pommc Lk sa canne ou la poignée Je son ombrelle; on rajuste un pli de s,1robe ici, on bri e un gant, on frise un bout dc moustachl.'. 1.\. Bref, on ne sait que faire de son corps et .i quoi appliquer l\;xcitation nerveuse qui fait Y:dser dcs n:lléités de pensées dans des ccrYclles dérnyt'.-es. Plus brutalcmcnt, on s'embète, on sc sent béte ... et, cn cffet, 011 l'est superlatiYemcnt, aYçc toute l'amplitude imaginable. Comment remédier a une p.ireillc situation et raYoir des fètcs qui soient vt'.-ritahlcmcnt des fètes ? D'abord en leur rendant une signification; ensuite, en mettant ,,,. en harmonie, en accord, cette signification avec la manière d'être des esprits à l'heure qu'il est. Il s'agit, premièrement, de chercher :\ dire quelque chose; secondement, de ne le dire, ni en latin, ni en hèbreu. Or, de quoi entretenir une société par voie <le spectacle public, une société deYenue spectatrice, clic, sous forme de foule publiquement rassemblée? De quoi lui parler, sinon d'elle-même, de sa \'ie dans cc qu'elle a de plus•haut et de plus largement envisagé; de toute son existence sociale, c'est-à-dire, de son passé, de son présent et de son avenir? C'est elle-mème qu'il faut placer sous les yeux d'elle-
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