LES RÉSULTATS DU SYSTÈ~!E MÉLINE En rl!glc générale, même en ce mois de ]Ull1 où le jçu du droit n'était plus intcgral, nous a\'ons eu la faveur de payer notre blé plus cher que tout a~tre peuple. Est-il étonnant; qu'en dépit des pro1ncsscs mcnsongcrcs de MM. Méline et Dauphin, le pain ait suiYi le froment dans ses fluctuations? Son prix, à coup sùr, ne s'est pas rclcYé - cc relèvement eùt cté inexplicable en présence de l'avilissement <les céréales - mais toute la diffcrcncc que nous constatons entre les cours français et étrangers du froment, nous la retrouvons sur le pain. Au mois de noYcmbrc 1894, M. Aynard - un libcral - c'cst-;\-dirc un orthodoxe renforcé du conscrYatismc, s'ccriait à Lyon : « Le kilo de . pain coùtc chez nous o fr. 10 de plus qu'à Bruxelles, Londres ou Zurich. » M. Mun<lclla, l'homm_cd'État anglais, arriYait, \'ers la même époque, à une conclusion un peu diYcrgcntc; d'aprés lui, les deux kilos de pain pour lesquels on n'exigeait que o fr. 45 outrc-?lfanchc, Yalaicnt chez nous o fr. 75. A une date lcgèremcnt antérieure, le syndicat de .1. boulangerie et la ligue du commerce de Bordeaux prokstaicnt contre 1a taxe <le 7 francs proposce par le gouvernement : « A,·cc le droit de 5 francs, disaient-elles, le consommateur français m: peut se procurer que 3 liYres <lepain, alors que le consommateur anglais en achctc 4. Que sera-cc avec le droit de 7 francs? » Ces simples mots montrent quel régime honteux le protectionnisme a imposé à la France. La troisième République - gouvernée par la pire des n:actions, la réaction économique qui entraine et domine toutes les autres -- n'a même pas conscr\'é cette innovation du second Empire, la franchise fiscale du pain. Nous n'ayons parle que du pain parce quC', chez nous, le pain est l'article d'alimentation le plus in<lispcnsablc, celui qu~ forme la base de la subsistance; mais les autres dcnrccs n'ont pas été plus épargnées. Il serait intéressant de calculer exactement le coùt du rnélinismc, la somme d'i111pôtdse classe, dont il gréYC la fraction laborieuse de la nation·. Les chiffres qu'on produit sont tellement divers qu'on n.c peut que les citer sans commentaires et sans conclusions dUinitivcs. D'aprC::sNowicow (Gnspillngeséco110111iq11es), la seule taxe du blé nous surchargerait de 609 millions par an; d'après Lèon Say, les tarifs de 1892 équivaudraient i un surcroît de contributions de 1,500 millions; d'après les plus modcrés, le seul benéfice de la grande propriété rurale cxccdcrait 400 millions, à chaque exercice. Certains théoriciens du libre-échange se sont plu aussi à mesurer la part qui revient à chaque exploitation agricole sur cc prélevcment colossal. Par là, ils se sont ingénies, et ils ont réussi, à prouver que la « revolution économique » scrYait exclusivement les interêts des riches agriculteurs. M. Siegfried é,-alue à: 7 fr. par domaine le gain moyen de la très petite propriété. 1 à 5 hectares
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