La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA RE\.UE SOCIALISTE La « réYolution dou:rniére » de 1892 ne nous a valu ni la possession .1bsoluc de notre marché intérieur, ni l'extension de la production agricole nationale. Ses résultats économiques à eux seuls - nous YCrrons plus loin les conséquences sociales - constituent une liste à faire frémir le plus endurci des agrariens : 1" Décadence générale de nos relations commerciales, reportées .1ux chiffres d'une étape historique antérieure; 2" Fermeture des marchés, ou, depuis de longues années, nous ;t\'ions lutté avantageusement ayec nos concurrents ; • 3° Affaissement de la France devant l'Allemagne; -+" Ruine d'industries qui nous honoraient de,·ant le monde, en enrichissant traditionnellement le pays; 511 Désastres de nos ports, frappés au profit d'Anvers, de Hambourg et de GC:nes ; 6° Affaiblissement continu de notre marine marchande; ï'' Chute ininterrompue des prix (r); 811 Resserrement des espaces cultivés. Jusqu'ici nous n'ayons guére produit que des chiflres. Nous \'Oudrions maintenant bisser la p,irole aux économistes, aux Chambres de commerce, aux municipalités, qui chaque année, sinon chaque mois, adressent au pouvoir central leurs doléances et leurs protestations; mais nous craindrions d'abuser de la patience de nos lecteurs et nous nous bornerons i quelques citations. Un publiciste conservateur qui <'.:tudicpériodiquement nos Yariations économiques dans la RevuedesDeux-Afo11dcs - M. Moi rcau -écrivait le 15 aoùt 1895, il y a un an exactement:<< Le protectionnisme n'a donne'.: que des résultats illusoires. » L'expression nous par:iît singuliéremcnt atténuée, mais, sous la plume d'un écriYain que ses affinités politiques attachent au parti de la réaction, clic prend la valeur d'une flétrissure. Dans son rapport annuel i la commission des douanes, M. Picard formulait, le 12 août 1895, cette conclusion : « La situation laisse :i. désirer. » En lisant entre les lignes, on sent tout le pessimisme mal dissimule.'.:que cc haut fonctionnaire, :\ demi libre seulement dans ses appréciations, dégageait de ses recherches attentiYes. Et les raisons mêmes qu'il trou\'ait à nos souffrances économiques, pour mettre i couYert le protectionnisme, n'accentuaient que mieux la portée de ses hésitations. Il y a des moments où. le pouvoir central fait grand cas des décla- (1) Nous avons fait nos résen·cs sur b thèse protectio1111isleen cette matii:rc.

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