ESSAI DE PROPAGANDE SOCIALISTE DA.'.S LA CAMPAGNE 9 vous indiquer d'abord la cause de vos souffrances et ensuite le remède :\.ces souffrances. Comme je vous le prouverai chemin faisant, seul aussi le parti socialiste a sérieusement défendu vos intérêts a la Chambre des députés. Seul il a préconisé des solutions efficaces. Quelle est donc la cause permanente et générale qui détruit peu a peu l'aisance jadis si répandue dans nos campagnes ? Quel est le pouvoir mystéi;icux. qui recule toujours la réalisation des réformes sociales que vous réclamez? Nos ancêtres de 1789, qui firent la grande Révolution, crurent avoir détruit à jamais les classes priYilégiées : ils pensaient avoir accompli une œuvrc définitive et empêché à jamais la constitution d'oligarchies assl!z puissantes pour dominer la nation et l'exploiter politiquement et économiquement. Les hommes de la Révolution se trompaient. A peine la noblesse et le clergé étaient-ils déchus d,e leur situation et de leur prépondérance, qu'une aristocratie nouvelle se formait en s'enrichissant de leurs dépouilles. Cette classe a grandi pendant toute la durée de cc siècle et peu à peu elle a acquis un degré de puissance et de richesse qui la rend plus redoutable encore que la vieille noblesse et que l'ancien clergé. Cette caste est formée par la coalition des hauts et puissants seigneurs, détenteurs du capital : grands propriétaires terriens, enrichis par l'achat a vil prix. des biens nationaux. en 1793 ; puissants banquiers, maîtres du marché des Yaleurs et artisans perfides de la ruine des petits rentiers et des petits capitalistes succombant à leurs mànœuncs; gros importateurs de blé ou de vins, ruinant le producteur par leurs spéculations; actionnaires des chemins de fer, des mines et de la Banque de France, livrées contre l'intérêt de tous à quelques poignées de capitalistes parles gouvernements de classe trahissant et dépouillant la nation au profit de la bourgeoisie; gros industriels, gros négociants, régnant par la puissance dé l'or et établissant leur domination hautaine sur des milliers de prolétaires par l'effet de la concentration des capitaux et par la ruine des petits ateliers ou, il y a cinquante ans, l'artisan laborieux vivait et travaillait en paix: voilà, citoyens, de quels éléments impurs, nés de l'agiotage, de l'usure, de l'exploitation de l'homme par l'homme, se compose la nouvelle aristocratie, la féodalité contemporaine, la classe des hommes d'argenter de rapine. La constitution de cette classe est le phénomène économique C$sentiel qui s'est produit depùis la Révolution. La Révolution a cru nous émanciper; mais nous sommes retombés bientôt sous la domination de la nouvelle noblesse, qui nous opprime aujourd'hui d'une façon indirecte et hypocrite. Contre la haute banque et contre la bourgeoisie capit11liste, il faudra, nous aussi, que nous fassions notre Révolution.
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