La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LES RÉSULTATS OU SYSTÈ~IE MÊLI~E l 35 écras:111t, quoique onéreux encore (Wilson bill, 27 aoùt 1894). L'Inde, jusqu'alQrs ouverte, établit par les n:glernc11ts de juin et de décembre 1894 des droits qui pro\"Oquent les récriminations du Lancashire, effrayé déjà par la concurrence des filatures de Calcutta, de Bombay, de Delhi. La Belgique, où les doctrines de Manchester aYaient longtemps préYalu, a été, depuis 189--1-e,n butte aux attaques du protectionnisme, qui a fini par imposer, le 12 juillet 1895, une taxe sur certaines denrées alimentaires. Enfin l'Angleterre elle-même, terre classique du frcc-Trade, patrie des Cobden, des '\'illiers, des Bright, est agitée, à cette heure, par les déserteurs de l'économie orthodoxe, par les anciens défenseurs désabusés du << laissez-faire, l:i isscz-passer ». On a vu, par un revirement inouï et scandaleux, des Chambres de commerce d'importants centres manufacturiers, protester contre le doctrinarisme des libre-échangistes. Le 26 janvier 1893, les grands organes de la Cite ont reproduit - non sans stupéfaction - un discours d'un des leaders tories, M. Chaplin, en fa,·cur de la restaura ion des vieilles douanes. Les protectionnistes <l'outre-Manche se sont bercés de délicieuses espérances, en apprenant que la conférence coloniale d'Ottawa (Canada), avait discuté un projet d'union économique entre les di\'ers groupements britanniques autonomes. Il s'est trouvé, pres de 50 ans après l'abolition des taxes sur les céréales, une rcrnc très importante, le Statist, pour ounir un concours - a,·ec prix de 25,000 francs - sur cette question capitale du Zollverein anglo-saxon. Et tout récemment, par deux fois, en mars et en juin, un ministre de Sa lvlajesté, et non des moindres - M. Chamberlain, doublement traitre ;'1 la démocratie ouvrière, - a défendu cette these menaçante d'une immense confedération britannique se suffisant à elle-même et cloturée contre tout produit du dehors. Pendant que ces deux champions de la liberté cornrncrcialc, la France et l'Angleterre reniaient, l'un en fait, l'autre en paroles, un passé déjà long, l'Allemagne marchait en sens inverse et abandonnait le système bismarckien de la prohibition. Ce souffle de socialisme d'État - séduisant et dangereux.- qui \'Oltige par instant à travers les rêveries féodales de Guillaume II, reparaissait dans l'exposé des motifs du 7 décembre 1891. « Les droits de douane, lisait M. de Caprivi, n'ont pas reussi, dans le passé, à sauver l'agriculture. Il faut se garder de nous aliéner les ouvriers : nous voulons leur fournir les moyens de faire une besogne rémunératrice; nous ne les avons pas perdus de vue en signant les traités que nous soumettons au Reichstag». Les députes ouvriers <l'outre-Rhin ne se sont pas laissé abuser par ces paroles; ils se sont défié des protestations caressantes du chancelil:r, tout de même que nos députés socialistes français se défient des déclamations

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