La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LES RÉSULTATS DU SYSTÈME MÉLINE I 33 à député, de grand propriétaire foncier à grand industriel, car un pareil recueil eùt fait époque dans l'histoire de cette République bâtarde, jeté un jour étrange sur l'âme trouble des ,classes au pouvoir! Il restera pourtant de cette époque mémorable, de ces controverses fiévreuses comme des séances de Bourse, où notre parti puisera la plus acérée de ses armes, un document : nous voulons parler du discours que M. Delafosse prononça le 10 juillet 1891, et qui exprimait très nettement la pensée de tous les protectionnistes. « Nous avons voté, s'écria cc député réactionnaire, des droits considérables au profit de toutes les industries : ces rclc\•emcnts pèseront lourdement sur la filature, et, seuls entre tous, les filateurs, les plu:. éprouvés, ne toucheront aucune co111pe11sntion! » On appliquait donc à la prospérité nationale la politique qu'employaient, au siècle dernier, à l'égard de la malheureuse Pologne, la Russie, la Prusse et l'Autriche - la politique des compensations ou d'équilibre. On se partageait la fortune publique, les dépouilles du prolétariat industriel, comme les lambeaux d'une nation vaincue. Depuis la nationalisation des biens du clergé, commandée par de tout autres moti [s, il ne s'était pas vu de pareille entreprise, ni de si vaste expropriation. L'on doit dire, à la décharge des gou\·crnants d'alors, si opportunistes qu'ils fussent, qu'ils tàchércnt d'enrayer le mouvement ultra protectionniste. Ce fut peine perdue. Le vin, b viande, le pain, tout cc qui entre dans l'alimentation la plus stricte, subit d'écrasantes surtaxes qui atteignirent parfois Go ou 66 3/o. Le mélinismc ne s'en tint pas à son succcs de 1892. Il lui fallut poursuivre sa carriérc, accroitre les bénéfices de ses adeptes. Nous l'en remercions, car dans cette frénésie de surcnchcres, il s'est mieux. trahi encore, et il a perdu si bien toute prudence qu'il a prctendu un jour, à une date trcs récente (débat sur les plombs), subventionner des industries monopolisées par deux 011trois compagnies de capitalistes. Le 12 fcvrier 1894, le gouvernement proposait d'élever le droit sur les blés à 7 francs par quintal. Il obtint satisfaction ..... contre la commission des douanes, qui préconisait le taux de 8 francs. Les v.i.ticulteurs représentés par MM. Turrel et Jumel, entrèrent immédiatement en sccne, et réclamèrent la rcmunération de leur vote. Par hasard, ils échouèrent. Le 2 5 novembre 1894, on accroit les droits sur les mélasses. Le 27 décembre, M. Méline prcconise la protection des fécules contre les amidons, c'est-à-dire de l'est contre le sud. Maigre une défaite partielle, ses amis n'ont pas renonce à tout surtaxer. Les uns voudraient établir une échelle mobile qui porterait à 2 5 francs le prix du quintal de blé : les autres, comme M. de Dampierre et les membres de la Société des agriculteurs de France (Circulaire de 1895 aux syndicats agricoles), font miroiter aux yeux des propriétaires

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