La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

130 LA REVUE SOCIALISTE des querelles quotidiennes. Chaque matin, chaque soir, il a dù dire son mot, t:111tôtpour prêcher les solutions progressives et trans~toircs conformes à son principe, tantôt - et bien plus souvent, - pour dénoncer les rnanœuncs de la rèaction, soucieuse de· se perpétuer dans ses pri\'ileges. Fort de sa place au Parlement, il n'a cesse de percer les sophismes du Capital. C'est ainsi qu'en 1891 et en 1894, dans les discussions sur le protectionnisme, ses rcprcscntants autorisés, lc:s citoyens Jaurès, Millerand, Durnay et Guesde fletrircnt, au nom du prolétariat, au nom du peuple industric:l et agricole, le systemc économique rètrograde édifié par l'égoïsme de la grande proprieté. Cc sont les conséquences de cc régime de clôture douanière et d'cxploit:ition nationale que nous YOudrions rechercher aujourd'hui. ).Jous étions incités à cette étude par plusieurs motifs d'ordre di\'crs. D'abord, depuis l'application des nouveaux tarifs, plus de quatre années se sont écoulées - c'est-à-dire un dclai assez long pour fonder des conclusions r:itionnclles. Ensuite le pouvoir est, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aux mains de l'homme qui a assumé la responsabilité de la protection, et en qui la féodalité agrarienne a Youlu Yoir un ad\'crs:iirc redoutable de nos tht:ses sociales. En présentant ici soi1s une forme succincte les résultats de son œunc, nous espérons porter un coup qui ne tombe point dans le vide. Il ne suffit pas, en effet, de battre le mélinisrne en superposant des arguments abstraits : les statistiques, les faits, les récbmations des groupes commerciaux, les plaintes des masses, les dolbnccs des industries et des ports, parlent autrement haut que les dissertations d'école. Syndiquer et justifier les cris épars qui montent de la terre de France, c'est peut-être sonner le clairon d'attaque contre les conceptions néfastes des ChcYalicrs de b Douane. C'est peut-être aussi blesser cc système capitaliste dont le protectionnisme n'est que le bastion le plus aYancé. Rien ne dénote, aYec plus de clarté, que le tarif de 1892, les appétits insatiables - et aveugles - des classes dirigeantes. Pour satisfaire à leur passion de gain à tout prix, elles ont Youe à la ruine, à la misère, à toutes les souffrances, des milEcrs, des centaines de milliers d'hommes. Crises locales ou nationales, réductions de salaires, restrictions de personnel et chômages, étranglement des échanges internationaux, elles aYaicnt tout prévu, tout calculé, - clics ont tout provoqué. Aux intérêts impérieux de 150,000 grands propriétaires fonciers, le Parlement français a sacrifié les droits de 38 millions d'habitants, hélas! trop indifîércnts ou trop bien dupés. Le jour où l'on dressera une liste des attentats commis contre le p:iys par les accapareurs de la puissance cconomique, le protectionnisme méritera la prcmicre ligne.

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