120 LA REVUE SOCIALISTE l'exactitude. Il ne faut rien moins que l'érudition si riche et si sûre de M. Roberty pour servir d'aliment à une dialectique aussi victorieuse. * * * L'Idée du Phénomène, par ÉMILE BornAc. 1 volume in-8 de la Bibliothèque de philosophie contemporaine. - Felix Alcan, {:diteur, Paris. De même qu'en politique tout le momie, aujourd'hui, est républicain, de mèmc en philosophie tout le monde est p!1énoméniste. Mais de même qu'en p::ilitique il y a républicains et républi.:ains, et qu'à côté des ralliés, qui voudraient une républiqu~ réJctionnairc, il y a des socialistes qui s'occupem à fonder une république démocratique; de même, en philosophie, l'on trouve des phénoménistes fr.1khement wm·crtis qui se montrent effr:iyés, pour l'avenir de la bonne vieille métaphysique traditionnelle et cl,1ssique, des hardiesses de certains autres phénoménistes décidément trop émancipés. M. Boirac nous représente un de ces railiés du phénoménisme, soucieux de sauvegarder les dogmes fondamentaux de toute philosophie bien pensante, qui menacent d'être engloutis dans le naufrage de la vieilk substance .::irtésienne. Son entreprise de soumettre à la critique l'idée du phénoméne, ainsi que les doctrines relativl!s au phénomène et à la substance depuis Kant jusqu'à nos jours, n'a p:is d'autre but, et nulgré les allures apparentes d'une recherche impartiale et sincère qu'il donne à son œuvrc dans ~es débuts, il n'est pas malaisé d'apercevoir, ch~min faisant, de quel côté le mènent ses préférences inavouées. Aussi n'est-on nullement étonné de le voir, pour aboutir, proposer comme solution du problème de l'Ètre « une sorte de leibnizianisme réformé, un lcibnizianisme postérieur à Hume, à Kant et à Srnart Mill». Examinons donc cette nouvelle formule qui doit, ainsi que son auteur s'en flatte, concilier non seulement toutes les métaphysiques entrl! elles, mais celles-ci mêmes avec la science positive. Ayant établi qu'en tout ordre de choses le phénomène est pour nous k seul objet de connaissan.:e, M. Boirac n'hésite pas à s'arnncer jusqu'au bout des conséquences logiques du phénoménisme, c'est-à-dire jusqu'au 11/0IIÎSlllf. Dans cette voie, il rejette même, hardiment le Noumène de Kant aussi bien que !'Inconnaissable de Spencer, estimant que « s'il existe quelque réalité de cc genre, non seulement nous n'en avons aucune connaissance, mais que, loin d'être impliquée dans b notion du phénomène, cette conception en est la négation même ». C'est la condamnation sans appel de l'ag11osticis111e : il semble donc que nous soyons en présence d'un monisme phénoméniste absolument pur. Mais voici la grande nouveauté que nous apporte M. Boirac : il ne veut pas « voir dans les choses et dans l'esprit, comme tous les autres phénoménistcs, des accidents sans lien »; il veut que « ks phénomènes, inséparables les uns des autres, constituent tous ensemble une unité complexe et continue, dans laquelle notre pensée seule les distingue ». C'est en quoi il se rattache à Leibnitz, et l'on peut même :ijol1ter qu'il s'y rattache de trop près; car, dès à
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