La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LES DESHERITES tcmcnt soutenu :1 bouts de doigts, en marcl1:rnt sur ];t pointe d.:, pieds, afin d'éviter ks secousses : - Il est intact, monsieur, .:t aussi neuf qu'au premier jnur. Je k tiens enferme dans l'armoire, entre des plis d<.:ma pik d<.:<lr.tps. Elle le\'a k COU\'ercle : - Leurs lcttr<.:s, .i tous ks deux, sont toutes 1.\. C'est pour k, petits après moi. One larme coul.i sur sa joue, tandis qu'<:lk me p.irLlit, ks yeu, attachés sur les p,1piers .i écriture passée : - Cc coffret a été longtemps mon seul ami. Je l'.ti pont a\'ec moi:\ Rouen. Son séjour :i l{oucn, sur kqucl clk 1-c\·enait sou\·ent ,bn, ses con\'Crsations, et toujours a\'cc un sursaut de ré\'Olte per,isLtnl<', une amertume de sou\·enir bien légitimement, r.111cL111euin,,<':puis,tble,, jamais satisf.iits par ces retours irritc:s; son si:jour ù Rom:n .t\·.iit eu lieu lors du mariage de François a\'CC 1111,· de Fécamp, <.:t .tY,tit durt· plus d'un an et demi, jusqu'au dccés de cette nulheurem,, mort, des suites de ];t mise au monde a\'.111tterme du dernier des petits .t l.t charge aujourd'hui de leur tante. Elle .'.:taitn;\'enuc pour les clc\'er, une fois son fn:re Y,uf, ,t\·ec l.t mème simplicitt'.: <le Jé\·oucmc11t qui lui a\',tit fait laisser Lt ch.ntlllière au nouYeau ménag..: le soir de la noce oit elle log,a chez l.1 krmiérc sa Yoisinc, de\·ant chercher :\ se pl.1ccr dans une filature L'I p,trtir k surlendemain pour Rouen, dans cc but. - Cette année et huit mois douze jours, mon bon mrnisicur, ont été un Yéritablc enfer sur la tem; ! Tout! tout! \'aut lllieux cJUL cette existence de lllist'.:rcux de fiLaure! ... tout! ... \'ous ne pom·a pas \'OUS imaginer cda, \'OUS autres! Les bourgeois n'ont p.ts idée Je ces choses! ~!ille fois plutôt la Yie des b0t<:s! mille fois mieux rncorc: ètrc morte! ... Oui, j'ai eu, :\ bi.:n des reprises, moi qui \'OUs p.trk, la pensée d'en finir! Je me suis rcndue plusieurs soirs hors du f.rnbour~ oü je logeais - la filature <'.:tait,tux enYirons de la Yille -. Je me ,uis rendue plusieurs soirs sur le bord de la Seine, dècidèe .1m'y jeter. .. C'était au bout d'un champ défonce où l'on Yid.iit toutes sortes de détritus, de Yieux pots cassés, de boites de fer-blanc, de tessons de· bouteilles ... C'est là, deYant mes yeux, comme si j'y .'.:tais. La riYièr, couic en traYers. Je m'asseyais sur cc rd<.:Yédes tern:s, très b.tsse, presque accroupie, les bras croisés sur les genoux, et pkur,1111,l.t tè·tc appuyée dessus, la figure cachée ... , je me lament.lis des hi:ures. Des soirs, j'entendais sonner minuit, une heure, au, horloges. Ç.1 se rèpè• tait de plus en plus .:loigné, à cause du grand nombre d'églises. Cnc nuit, j'étais déjà entr.'.:e dans l'eau, je n'aYais plus qu'à me Ltisser .ilkr en a\'ant: le courant m'emportait, c'était fini, si je me pcnduis d'un

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