La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

750 LA REVUE SOCIALISTE propose-t-il d'atteindre son but? Est-il vrai qu'il ait pour objectif la suppression de la liberté, la confiscation de la propriété individuelle; pour moyen, le recours :i la force? Ce,t sous ces traits qu'à l'ordinaire nos adversaires de tout ordre s'entendent pour présenter la figure du parti socialiste. Mais n'apparait-il pas tout d'abord que tous les points de cette prétendue dcfinition - suppression de la liberté, ,uppression de la propriété, recours à la force •- constituent l'antinomie la plus grossière, la contradiction l,1plus brutale tant avec nos doctrines qu'aycc les faits? Est-cc que l'idée socialiste ne se résume pas toute entière dans la volonté énergique d'assurer à chaque être, au sein de la Société, le développement intégral de sa personnalité : cc qui implique nécessairement deux conditions, dont l'une est le facteur de l'autre; d'abord l'appropriation individuelle des choses nécessaires il la sécurité et au développement de l'indiYidu, c'est-à-dire la propriété; ensuite la liberté, qui n'est qu'un mot sonore et creux si elle n'a pour base et pour sauYegarde la propriété. D'autre part, ce banquet même, qui réunit ce soir des représentants de toutes les nuances du parti socialiste, n'est-il pas l'affirmation la plus nette de sa tactique, et januis p:irti, en ce pa_vs,a-t-il plus que le nôtre rendu hommage et fait confiance au suffrage universel? Mais cette double constatation, pour décisi\"e ,1u'elle soit aux yeux de tous les juges de bonne foi, ne saurait nous suffire. Il faut pousser à bout nos contradicteurs, il faut prendre corps il corps l'équivoque qu'ils essaient d'entretenir, il faut voir ce qu'il y a derrière ces déclamations et quels. sont en définitive les interêts que s'efforceat de sauvegarder contre nous les hommes qui ont sans cesse .i la bouche les mots de liberté et de propriété. LE RÉGIME CAPITALISTE. - LE COLLECTl\'ISME On a fait bien souvent le tableau de l'anarchie capitaliste; il suffit pour la c,iractériser d'un mot, de constater que, dans ce régime, il n'y a de sécurité pour personne. Agriculteurs, commerçants, industriels, tr,1vailleurs intellectuels, comme travailleurs manuels, sont livrés à tous les hasards . .Maisc'est de cet excès mên1e du mal que le collectivisme soutient que va jaillir le salut. Le collectivisme, j'ai prononcé ce mot plein d'horreur dont l'incantation magique doit faire se dresser contre nous les millions de travailleurs des villes et des clumps que le socialisme ne suffit décidément plus il apeurer. Je ne veux, de l'idce collectiviste, dire qu'une chose, c'est qu'elle n'est ni le produit de l'inugination d'un rêveur, ni le résultat des conceptions d'un philosophé, mais la constatation pure et simple des phénomènes qui se déroulent sous nos yeux. On ne fait pas et on ne fera pas le collectivisme; il se fait chaque jour; il e,t, passez-moi le mot, la sécrétion du rcgimc capitaliste. Sous la double influence des progrès de la science, dont le développement du machinisme n'est que la traduction pratique, et de la concentration des capitaux, nous assistons à l'expropriation des petits propriétaires, à la dissociation du travail et de la propriété, à la constitution d'une féodalité nouvelle qui, accumulant entre ses mains la-propriété des instruments de production, deviendrait par une lente mais implacable progression la maîtresse a~solue

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