La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

CHRO!\IQUF. THÉATRALE ï4I ni des abus à n!former, ni du droit nom·eau /t créer, ni ùe la n:sistance vendéenne, ni de la lutte contre les rois, ni ùc cc fait colossal qui est l'avénemcnt ùe la démocratie; le spectateur a simplement cette iùéc que, ci catain jour, un nommé Robespierre, « un chat-tigre, qui porLJit des luncttes bleues ,, - c'est tout cc qu'on nous dit de lui - s'est trouYé, on ne sait comment, m:iitrc sou\·crain de la France, et quïl a eu soud,Iin la fantaisi<!·de faire couper la tO::tc,i une foule d'innocents, à des faibles, surtout :\ des Yicillarùs, des femmes et ùes enfants. Et comme, ùur.111t quatre actes et six tableaux, il n'est pas question d'autre chose, j'emporte en sortant, moi ignorant, cette opinion que la Ré\·olution ou la Terreur - c'est la mèmc chose Jans l.1 piécc - fut uniquement une époque de m.1ssacre où triompha la hideuse férocité hum:iinc, où quelques b0tes fauves s'amusaient :\ tuer sans motif, pour rien, pour le plaisir, pour l'atroce ùélect.uion de la mort. C'est ù'.1illeurs l.1thi:sc ùcs partis consen·atcurs depuis un siéclc, thcsc rajeunie il y a quinze ans, pour la plus grande joie ùes bourgeois, par l'indigeste et solennel pamphlet de T.1ine. Eh bien 11011, il ya autre chose dans la R.:rnlution, il y a autre chose - pour restreindre ici cette immense sujet - dans la figure de Robcspicm.:. Je sais bien qu'un homme qui porte dcs lunettes bleues ne pelll pas ètre sympathique. ~lais enfin, luncttcs ,i part, pcut-0tn.' celui-Li méritet-il d'i:tre étudié ;1u théàtre et, au lieu de l'injurier en le l.tiss.rnt dans la coulisse, :\1. S,1rdou aurait fait une plus noble tentatiYc en essayant de le ressusciter sur la sccne et d'analyser son car,1ctére. Cc n'était pas un personnage vulgaire, cc petit homme qui, sans cpée, sans éclat, sans gr.rnde éloquence, sans le charme <le l.1 séduction personnelle, sans prestige, est arrivé en si peu de temps à s'imposer :i la Fr.mec par la seule puissance de la volonté, l:1YOlonté la plus tenace et la plus inflexible qu'un homme d'Etat ait jamais déployée. li y a Jans la Convention des orateurs plus entrain.uns, des spécialistes plus compétents, des hommes plus célélm.:s par les sen·ices rendus; pourtant c'est lui qu'on écoute de préférence, cc sont ses avis qui prévalent d'ordinaire, c'est lui qui est l'.1me de l'assemblée, le chef du gou\·erncmcnt. J'aurais voulu qu'un penseur m'e,pliqu.it cc phénoméne, j'aurais ,·01tl1, qu'un écri\·ain troudt ùes traits dramatiques saisissants pour dé\·oikr cc mystérc; j'aurais Youlu qu'on me dit par quelle transformation Robespierre, qui anit demandé l'abolition de la peine de mort, lut amené par la suite :i faire de cette peine l'abus qu'on lui reproche. Ses hésitations, les combats de son âme, son changement, forment pn:cisément ces ùéYeloppements qui <loi\·ent tenter un homme de thi:ùtre. Il a frappé ceux qui étaient d'abord des coreEgionnaires politiques, \' ergniaud, Brissot et les autres; il a frappé des amis personnels, Danton, Camille; il a frappé des femmes, Madame Roland, Lucile; et cette

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