La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

UN DÉPOT DE MENDICITÉ 703 Alors tous aYec empressement me dirent le nombre de fois qu'ils avaient déjà été mis à la disposition du gom·ernement. L'arrêt du wagon mit un terme à leur récit. Nous desccndimes un à un et le gendarme nous remit à un surveillant. Il a,·ait toute l'apparence d'un ex-sous-officier, malgré le caract,;rc civil de son uniforme sombre, sur lequel deux liserés d'or, des boutons de cuiYre et un képi d'ordonnance jetaient seuls une note officiellc. Alors commença un long pèlerinage :i tran:rs Yingt locaux diYers, sous l'œil curieux des détenus vaquant à mille travaux divers, qui nous épiaient a,·cc cette curiosité coutumière aux gens privés de la liberté et de ses jouissances. Li salle de bain nous reçut d'abord; des ,-êtements de détenu attendaient sur chaque baignoire; une chemise aussi grossii:re de coupe que de façon, un caleçon rapiécé, un morceau de coton rayé en guise de foulard, un costume en grosse étoffe, en tissu grossier poil et coton, des chaussettes largement ajourées, tricotées ,i l'aide de fils de channc, et enfin une paire de sabots blancs. J'ai oublit'.:un minuscule béret rond, une calotte toute primitive, toute d'une pièce, sans fond ni doublure. En sortant du bain, nous nous rcgard;\mes tous les six. Dès le premier moment de notre rencontre, l'incertitude de notre origine, ainsi que les différences du vêtement avaient mis une certaine reserve dans ks conn:rsations et les rapports. ~bintcnant, sous la linée égalitaire, nous cùmcs un cclat de rire en nous reg,irdant, toute n:servc tomba et la co1wers.itio11 devint plus libre pendant que nous allions au magasin. Li on nous remit une cuiller, un quart, une musette pour le pain, bref, tout un jeu d'ustensiles culinaires. Puis chacun dut narrer son existence :i un employé, qui n:digea notre biographie et prit notre signalement. Enfin notre guide nous mena en un grenier situ.: au-dessus d'une grange, où six paillasses et autant de couvertures s'étalaient par terre. Après qu'on nous eut apporté ;\. chacun une gam.::llc d'étain remplie d'une purée brun.'i.trc au goût rance, on nous aYertit que nous ne pourrions plus sortir et qu'au lcndci11ain matin on nous cnYerrait au travail., en brigade. 3 D~ccmbrc. La loi de 1891 sur la répression du Yagabondage et de la mendicité est duc à un homme cmincnt, qui a i1nroduit dans l'administration du département de la justice des réformes sérieuses. Son projet personnel consistait à subdh·iscr les individus trou,·és en .:lat

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