La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

666 LA REVUE SOCIALISTE consciences le sentiment formidable qui seul pouvait .:lectriscr les masses et embraser les apàtrcs de la révolution nouvelle. :-.!ais au moins, cette haute mission, cette idée étaient alors pressenties et ceux qui anient un tel pressentiment s'efforçaient de ne p,1s le laisser étouffer par les pousses tenaces et enveloppantes quc la tradition romaine et monarchique a léguées au jacobinisme et a tous les genres de républiques qui sortent des mèmes racines si profondément enfoncées dans notre histoire. Depuis, l'idée politique redevenant l'unique point de mire et, pour ainsi <lire, la religion des républicains francais, la Yicillc plante usce se mettant à refleurir sur le tronc creux rongi: par les \'Crs, les continuateurs du socialisme Yaincu n'ont pu tout d'abord afficher toutes les au<lac.::s<le leurs prédécesseurs. Ils curent la prudence de suiwc les chemins battus et de ne point emporter les principes du socialisme sur des hauteurs superbes, <l'ou les i<lces politiques leur eussent semblé petites et mesquines. Le nou\·eau socialisme s'est donc fait, au moins en apparence, plus modeste et s'est plus ou moins mal abrité sous les ramures maladiYes du tronc caduc où geignent et tremblotent dans l'attente de l'inconnu, sous le portique sombre de l'a\•enir troublant, toutes les décadences, toutes les infirmitcs et tous les égoïsmes sauYés pour un tt:mps, en mai I8ïI, par i\l. Thiers et les \"crsaillais. Il y a eu des socialistes qui auraient voulu conjurer cette persistance des aspirations démocratiques à faire refluer vers la politique, Yers les sommets gouYcrncmcntaux et lcgislatifs toutes les espérances du peuple. Pour ceux-Li, qui avaient visé trop haut et trop loin, la coupe des déceptions t'.:taitdéja pleine en r Sï r. JI leur était absolument impossible de se mettre au niveau des nouvelles réalités républicaines. Leur découragement et leur dégoût étaient de ces sentiments terribles qui ravagent l'âme et que ne peuvent comprendre ceux dont la foi n'a jamais .'.!téqu'un raisonnement et que l'idéal n'a jamais passionnés. Les cYéncmcnts \'cnaicnt ainsi achever cc que les langues sifllantcs et baYeuscs au service des futurs hommes d'État avaient commencé quelques années auparavant. La grande route était complétcmcnt barrée. La République tant désirée existait enfin et elle repoussait le socialisme de toutes ses forces. L'éternel pèlerin du prolétariat dut reprendre à terre son lourd bagage pour gravir de nouveau les càtcs abruptes, les défilt'.:s sans horizon. On reproche à ceux qui ne purent s'y résigner d'étranges et douloureuses dcviations. Nous ne nous <:tendrons pas sur cc sujet. Le socialisme populaire n'a marché jusqu'ici que dans une atmosphère étouffante, par des routes basses semées de fondrières, interceptées par des éboulements. Il faut encore se féliciter qu'il ait pu marcher et

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