La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

662 LA REVUE SOCIALISTE ,\liche! Bakounine, plus ardent et plus emporte, fut plus affirmatif et par son impatience précipita les c'.:véncmcnts et jeta lïnternationale au milieu de Li guerre des idées, pour laquelle clic n'était pas préparc'.:c et qui n'était pas son but. Karl ,\larx ne Youlait faire de la politique qu'un instrument du socialisme. Bakounine allait plus loin, niait l'efficacité de toute politique et \"Otilait qu'on repouss,ît hautement toute.: action d'un État quelconque, attendu que les institutions dont un trat se compose et les hommes pri1·ilc'.:git'.squi s'y font des situations pn:pond.'.rantcs ne pcu\"l:nt que fausser la spontam:ité de l'action populaire, s'imposer à b réYo!ution et la faire dé,·ier. Ces préoccupations, qui s'.'.tcndaicnt ainsi jusqu'aux débats philosophiques, YCnaicnt encore compliquer les embarras causés par la situation politique. La correspondance des cinq propag,1teurs Je l'Internationale en France en donne aussi la prcu1·c. On y retrou\"C ces efforts et ces tourments des intelligences combattues, en marche au milieu des écueils sans cesse renaissants, et qui sentent confusément qu'il leur manque des cléments de lumién: et des bases pour asseoir leurs jugcrncnts. Des le 23 décembre 1868, Émile .\ubry écriYait .\Lyon: Deux cxtrèmes ne p<:u1·entfaire autrement que donner naissance à un absolu, et l'Ous sa,·cz que tome doctrine qui implique un ,1bsolu mène directement au despotisme, conséquemment à l'annihilation de l'individu, ou, si ,·ous aimez mieux, de la liberté. L'érnde et l'expéric1Kc m'ont démontré qu'en tout il existe des antinomies, qu'il faut bien se garder de vouloir détruire. Les résoudre, d'une manière normale, doit être le but de tout penseur sérieux. ,\insi, ,kpuis les origines historiques, deux principes se disputent le goun:rnement de l'humanité. Tous deux ont eu l'honneur d'occuper alternati,·cment la place, sans jamais, ni l'un ni l'autre, avoir pu donner satisfaction aux peuples. Tantôt, l'esprit prétendait qu'on ne pouvait l'exclure sans ravaler l.t pc:rsonnalité humaine. Tantôt, la matière affirmait que sans elle le monde ne ser,tit que néant. De ces luttes gigantesques, que résultait-il? Des contradictions qui engendraient des redites et jamais cette pauvre humanité n'a pu trom·er le repos dans une sage synthèse. En un mot, toutes les doctrines absolues n'ont abouti qu'au ch,tos. Ainsi nous conduirait encore celle qui pri:tendrait éliminer la force ou l'esprit. Cne hypothèse de cc genre ne pourrait pas plus être ,·érifiéc que les autres. Si j'insiste amant sur ce point, ce n'est pas parce que je me soucie de l'une plutôt que de l'autre. Que Dieu existe ou n'existe pas, cela m'importe peu. Je l'évince simplement, parce qu'il s'imposerait il ma volonte, comme tous les absolus, comme je repousse toute doctrine qui prétend il la prépondérance, y compris celle qui voudrait m'imposer comme la Yérité supérieure une négation complète. Dans l'une comme dans l'autre, il y a un absolu que je dt:tcste et qui, sous les apparences de la liberté, cache un piège à tous les hommes de bonne foi. Vous dites, mon cher ami, que le mouvement social est partagé en deux courants, dont l'un appartient aux politiciens et l'autre

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