652 LA REVUE SOCIALISTE reYanche, sans s'arrèter au bLime de l'opinion courante, qui s'habitue si facilement ,1ux défaites, quitte à les rappeler de loin en loin par d'inutiles lamentations. Comment Bastelica se serait-il résigné à cc rôle effacé des Yaincus qui ne saYCtlt que clamer à tous les <'.:chosleur douleur et leur impuissance? Bastelica était fait pour les grandes luttes de la pensée, pour les éclats et les sonorités des hautes cimes de l'histoire. Ses élans :rndacicux repoussaient toute mesure; la poésie qui débord.1it de son co.:ur ne pouyait s'allier avec les tâtonnements et les c\·olütions prudentes des esprits terre-:i-terrc. Il aYait fait des études plus sérieuses que ses amis dont nous Yenons de parler; ses connaissances littéraires et philosophiques ctaient beaucoup plus yastcs et secondaient son éloquence, aussi fougueuse qu'étincelante. C'ctait dcj,i un orateur de haut YOI. S'il aYait pu achcYcr la formation de son étre moral, c'eùt cté un de ces hommes extraordinaires, qui sont l.i gloire de leur époque. ?llais, il Youlait dépenser sa force exubc.:rantc' : il aYait besoin de Yivre, d'agir, de produire et de défendre à la lumière des tribunes l'idée qui s'incarnait en lui. B.1stelica en exil, n:duit :i la miscre, à l'isolement, calomnié, dédaigné, trahi par la f:ttalitc qui foulait aux pieds son idcal, comme une guirlande fanée qui s'effeuillait dans l'ombre, n'aYait point ces ressources prccieusc, que la patience et le recueillement offrent a d'autres, qui peUYent conserYer pour plus tard et pour de plus humbles tâches leurs forces inutilisées. );on qu'il manquflt de courage dans l'adYcrsité. ,\pn:s arnir manipulé des millions comme directeur des contributions directes et indirccks sous la Commune, il était arriYé en exil sans aucun moyen d'existence. Il apprit le métier de typographe et gagna son pain en t raYaiIlan t. ,\lais, ses facultL:s paralysées et, plus tard, les soupçons qui pcscrcnt sur ceux qui aYaient perdu, aprL:s les horreurs de 18ï1 et l'union de Thiers et de Gambetta, leur ancienne foi dans la République, le laisscrent abattu comme un malade mortellement atteint. Ceux à qui il suffit d'être républicains, tout en Yoyant la République liHi:c à leurs ennemis, déYoyée, exploitée, adaptec aux intérêts, aux idccs et aux besognes des Yainqucurs du socialisme, ne peuYent pas juger Bastelica. A ces républicains faciles, les protestations suffisent; Bastelica aYait besoin d'action comme on a besoin de pain. Ba,telica est mort a trente-neuf ans, de telle maladie class.::eet définie par les médecins, mais en réalité de tristesse et de dégoût, comme llegésippe Moreau est mort de l'indiffcrence qui le condamnait :i l'obscurité et à la mis/:re. Si Bastelica aYait Youlu se rallier à la bourgeoisie, consacrer son talent à la défense des intérêts conser\'ateurs, tout en restant 1111bon rép11blicaiu, comme tant d'autres, il eùt su trouver et exposer aYec art, avec énergie les arguments topiques de tous les hommes d'État en
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