LES PROPAGATEURS DE L'I~TERNATIONALE EN FRA~CE 6.n r 867, il n'y ;wait plus en France d'Intcrnationale, au moins en tant qu'association constituc.:e. En 1868, quelques hommes, qui ne se connaissaient point du tout la veille et qui ne s'ctaicnt jamais vus, entraient en relation et la reconstituaient à Pans, à Lyon, à ~[arscille et à Rouen. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'avant <lese connaitn:, ces hommes, dont l'un n'avait que vingt ans, et un autre vingt et un, ctaient chac1m dans son milieu d'ardents propagateurs du socialisme, des points <le ralliement pour les socialistes <leleur région. Ils étaient donc entrés dans cette \'Oie périlleuse, sans pouvoir se concerter, sans savoir qu'ils se pn:tcraient bientôt un mutuel appui, et ils n'appartenaient à aucune école, ne se réclamaient d'aucune doctrine. Quatre sur cinq n'.1nient encon: de préférence pour aucun des théoriciens connus, Proudhon, Fourin, Cabet, etc.; personne ne kur avait donne de leçons, personne ne les avait poussés, inAuencés. Quant à Karl .\!arx, il était alors cornplO::tement ignoré en France; le petit groupe des amis de Blanqui se méfiait de l'Internationale et s'en tenait a l'écart. Bakounine n'avait pas encore paru. Les nom·eaux adeptes <lu socialisme étaient donc bien des produits naturels du milieu, des manifestations spont.rnécs et homogcncs d'une nécessité qui s',1ffirmait, sur plusieurs points à la fois, dans l.1 conscience du prolétariat. • Les théoriciens ,1vaient eu auparavant quelques <liscipks, mais ils n'anicnt point agité les masses. ~faint..:nant, ces hommes du peuple, que la sO::vcdémocratique, toujours comprimée dans le vicU'I:tron.: battu et brutalement ét1:té pendant des siccles, poussait, comme des b0tir"eons h,hifs, à travers le fouillis des branches embarr,tssfrs, allai;~1t j<:ter les bases de l'action révolutionnaire du monde des travailleurs. Les ou\Tiers l'IIX-11/fllll'S allaient enfin réclamer la part de droits et d'avantages sociaux, qu'aucune n:volution ne leur a faite encore. Depuis l'abolition des corporations, condamnces en bloc par Li l.:gislation sortie de 89, les ou Hiers n'ayaient point trou Yi: d'autre moyen <lese grouper et de solidariser leurs efforts que le compagnonnage, qui les opposait stupidement les uns aux autn:s. Les Sociétés de secours mutuel n'étaient que des créations du gouvernement, dirigées par lui, Les Soci.:tés coopérati,·es, qui commençaient ù se répandre, étaient un essai cl'cxtcnsion de l'esprit commercial aux ouvriers. On espérait les faire benéficier, au moins en partie, des av,mtages que d'autres cla~ses trouvent, soit à produire 1 l'aide de leurs capitaux placés dans l'industrie, soit ,i occuper dans le mouvement des échanges ks points d'intersection ou d'habiles intermédiaires rcussisscnt- à commanda les routes par oü passe tout cc qui va du producteur au consommateur. Les 110u\·caux chcnliers du prolétariat repn:scntaient un ordre d'idées tout <litférent, qui jusque lit n'avait inspiré qu'accidentellemcnt,
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