LA REVUE SOCIALISTE Et plus tard, quand les deux amants, chassés et maudits, erreront dans les forêts d.'.:sertes, Hellé songera a ses Yœux d'éternelle Yirginité et de fidélité :i sa déesse qu'elle a trahis; le remords lui meurtrira le cœur, et croyant entendre, dans une hallucination de détresse, les repro~hcs et les menaces des anciennes di,·inités qu'elle adorait, clic mourra d'effroi, tandis que Jean se poignardera sur son cadavre, pour ne pas surYiYre à sa bien-aimée. Comme vous le Yoycz, cc n'est pas trés inventif, ni tres neuf; mais il s'agit d'un livret d'opera, et vous savez qu'en cette matière il suffit de donner pretextc à une somptueuse mise en scène et à un ballet chatoyant placé au bon endroit. La musique de M. Du,·ernoy n'est peut-être pas très personnelle, mais clic est agréable à entendre. Ce que l'on peut surtout lui reprocher, c'est le dffaut d'unité et de cohésion dans l'ensemble, oü se trahissent trop d'influences contraires. L'instrumentation, quelquefois soignée, délicate, ingénieuse dans les combinaisons de timbres, paraît souvent diffuse et lourde. Cela tient à ce que l'auteur n'a pas accusé assez nettement les fonctions propres à chaque groupe instrumental qui entre en action un peu trop au hasard des morceaux de force et des passages doux, sans que le rolc et le caractère de chaque famille d'instruments soient strictement délimités, et mis en opposition d'apreslcssituations et les personnages. L'absence de variété dans le tissu orchestral vient aussi de l'abus du hautbois qui, d'un bout a l'autre, ne cesse de se faire entendre, soit en doublant les voix, soit en détaillant les ritournelles ou les contrechants, le timbre homogène et la technique limitée de cet instrument ne permettant pas des effets assez variés pour ne pas lasser l'oreille par un emploi aussi frcquent. La partie mélodique a du charme et de l'agrément, et la grkc des douces cantilcnes, qui parsèment, çà et là, la partition, pourrait bien déterminer le sucâ:s de l'œuYrc. L'ou,·crturc est une page symphonique voulant donner l'idée d'un orage, très bruyante, très déYcloppcc, en somme intéressante avec des rcminiscences indiscutables du prélude de L'Or d11 Rbin (pages 4 et 5 de la partition) et de l'ouYerturc de G11illa1111T1eell (pages 20 et 21). J'ai beaucoup aimé l'harmonieuse facture du premier chœur des prètresscs (pages 2-1e-t suiv.). Les phrases des bois, ponctuées d'accords de harpe, qui précèdent l'entrée d'Hcllé (pages 30, 31, 32), sont d'une coloration fraiche et délicate. Je note aussi le joli chœur de bienvenue des prêtresses aux marins naufragés (pages 6-1-et suiv.), et j'arrive a la perle de cc premier acte, à cette délicieuse in,•ocation d'Hcllé: Voici le soir (page I r), d'une naie poésie de ciel étoilé.
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