La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

SOCIALISME l)ITÉGRAL ET MARXIS~IE ck l'intérèt et du plaisir; on bafoue, on « blague», suiYant l'expression qui naît alors, l'enthousiasme, l'amour, tous les grands sentiments. Dans le monde de la pcnst'.:c, on donne la premit'.:rc place à la science, et surtout à une science qui ne construit pas de Yastes syst.:mes, qui se tient prudemment terre à krre, qui accumule patiemment des faits et encore des faits. La philosophie en \'Oguc est le positiYismc et, comme le mot l'indique, c'est une philosophie qui se limite aux faits positifs, qui craint de s'aYcnturcr dans l'inconnu, qui proscrit toute en\'olée hardie, qui s'interdit toute spéculation portant sur la fin ou l'origine des choses. En littérature, même mouwmcnt. La critique aYcc Taine de\'ient scientifique, mi:thodique, incline à n'être qu'une branche de l'hi~toire naturelle. L'histoire, au lieu de se hasarder aux yucs d'ensemble, se complait dans les monographies t'.:ruditcs, dans les tra,·aux de di'.:tail, dans les analyses microscopiques. Le roman an~c Flaubert raille la sentimentalité, t'.tudic à la loupe la Yulgarité bourgeoise, se proclame, comme b peinture du moment, résolùmcnt réaliste, en attendant qu'il pn'.:f<'.:rcawc Zola l'épith<'.:te analogue de 11a/11ra/iJt.'. Le thé.'ttre oppose aux drarrn.:s lyriques de Y. Hugo la comédie de mœurs prise sur le Yif de la société contemporaine; il rcmpla,cc les folles chevauchees dans les temps et les pays lointains par des t'.:tudcs d'apr.:s nature. La poésie elle-même se fait impassible, marmoréenne, pn'.:cise; clic met en vers aYcc Sully-Prudhommme les decou,·crtes de la science et les problemcs de la philosophie; clic dit a,·ec Coppée les m6lancolics discrètes d'un petit t'.:picicr ou le charme familier d'un pays,1ge de banlieue. En politique, place aux hommes pratiques, aux hommes forts! Fi! des Yisées humanitaires, des larges plans de reformes, <les principes à longue portée. Taine fait cruellement expier à nos ancêtres de la Ré\'Olution le tort d'aYoir eu un idéal; et l'on sait k succès qu'obtient dans les Chambres du second Empire comme de la troisième Rcpublique la politique d'expédients et d'affaires. Ainsi durant cette période roule, Yictorieux et formidable, le grand courant réaliste, à peine contrarie çJ et là par quelques remous idéalistes. Je ne condamne pas cc courant, notez-le! li a eu sa raison d'ètre, sa légitimité, sa nt'.:cessité. Tl a etc':fécond à soa heure, il a fait œuvrc utile. Mais enfin il s'est épuisé par sa \'ictoirc mèmc; il n'a cté qu'un moment de l'éternelle é,·olution et il est Mjà entré dans le passe.

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