La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

531 LA RE\T E SOCIALISTE les forc..:s essentielles qui gou\'crncront l'ordre socialistt:? Tout citoycn aura le plus gr.ind intér0t à porter son effort de pro,luction au plus haut, puisqu'il aur.t tout 1c bént'.:ficc Je cet effort, au lieu de l'abandonner en partie du moins au capiLdiste. Et ,rncun citoyen n'aura intérèt à limiter cet dfort. li y ,tur.1 donc, pour toute acti,·itc, le maximum d'expansion, 1c minimum de contrainte_. D'.iutre part, dans la société profondément égalit.tire dc demain, quand ,tucun homme ne disposera d'un autre homme cl ne l'exploitera, tout aY,rntage obtenu par l'un des citoyens app,iraitra comme facile à obtenir aux autres, puisqu'il aura été procuré par le seul traY.til et qn'1l dépend de tous dc traYailler. De U, dans cette société unifi.:e, un..: .:mulation incomparable, tandis que dans les sociétés ù classes antagonistes il ne peut y a,·oir le plus souYent qu'une misérable et stcrilc enYie. L'écart entre toutes les conditions humaines étant faible, puisqu'il sera mesuré par la seule difl-.:rence du tra,·ail, l'ordre socialiste tout entier, en chacun Je ses groupes, en chacun de ses indi, idus, tendra itwinciblcment ,·ers une mème limite, vers l'universelle misérc ou ,·ers l'uni,·ersclle richesse. Son centre de graYit.: sera au plus bas ou au plus haut. li faudra qu'il ravale l'humanité tout entière aux plus flérncntaires instincts et aux plus grossiers besoins, ou qu'il l'exalte tout entière aux désirs lc.:splus ambitieux, aux besoins lc.:s plus délicats, aux joies les plus hautes. La médiocrité est interdite au socialisme; car elle est une moyenne entre des extrêmes, et ces extrèmes sont exclus tic l'ordre socialiste par l'égalit.'.:. li faudra donc que la nation socialiste tombe à la plus triste barbarie ou s'él!:,·c à la plus riche ciYilisation. Or, clic disposera de trop tic moyens d'action, et ks besoins y seront trop uni,·crsellemcnt excités pour que la rechute soit possible. Elle n'a donc d'issue que \'Crs les hauteurs, et clic scra obligée ù un effort de création en quelque sorte désespéré pour universaliser le bicn-ètrc, le grand et le beau luxe de la vie. 1Jn ingénieux écriY,1În a dcmontré, dans une récente étude dialoguée, que le luxe serait pour le collectiYismc une nécessité. S'il ne fallait satisfaire qu'aux besoins élémentaires et primitifs de l'homme, mèmc d'une façon plus compléte et plus sûre qu'aujourd'hui, un nombre infime d'hommes serait occupé et des forces Je production innombrables se consumeraient sans emploi. Il faudra donc, d'une nécessité en quelque sorte mécanique, admettre dans la sphère de la production socialiste tous les objets et tous les traYailleurs de luxe. Mais, comme ceux-ci ne pourront plus traYaillcr pour une classe priYilégicc, cette classe ayant disparu, il faudra qu'ils travaillent pour tous les citoyens; il n'y aura pas de raison, en effet, pour que telles catégories de traYaillcurs plutôt que telles autres prétendent :'tune nourriture délicate et saine, à une demeure aérée et lumineuse, et à tous les objets qui peuycnt charmer les sens et ennoblir l'<.:sprit. La ciYilisation avec ses raffinements, ses

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