La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA kE\"GE SOCIALISTE l.1 ncct:ssitc "; mais, au-dessus, s'clargir.1 pour tout homme aYec le noble loisir, ,, le royaume Lié la libt:rtc ». Et tous les marxistes ont beau s<.:refuser aux descriptions « paradisiaqu..:s », on sent percer <:n •eux :1tout instant la foi en une proJigi..:us.: croissance de l.1 richesse, <ll' l.1 force humaine. Quant aux communistes libcrtain:s, comme Kropotkine, ils \·ont jusqu\1 prcciser les nouwllcs applications scientifiques qui, d.1ns l.1 socic'.:t.'.r:enouYclce, multiplieront le bien-1'.:trc pour tous. D'ailleurs, il n'y a jamais eu une grande doctrine qui n'ait pris l'homme tout entier. L1 doctrine chn'.:ti<.:nne, malgré son ascétisme, 11 'a pas j..:tc aux sens et ,i la nature un anathcm..: dcfinitif. .\\·ant de se décolorer en un spiritualisme abstrait, k christi,1nis111eafürm.11t que la transfiguration d..:s sens r.'.:pondrait ,\ la transfiguration di: l't:sprit, et qm: l.i natun: mème se conformer,1it à l'homm<.: tr,rnsfonm'.:. C'était au sens littér.11 l'i physique qu'il annonçait le renouYellenH:nt de la face du cid et de la f.tce de Li terre; et c'est bien dans le monde sensible iJcalisc que JeYaient s'accomplir les destinces di\·ines de l'homme. De même, depuis un sii:clc, tous les socialistl's, quel qu'ait été leur point de départ, ont abouti à une même synthi:sL· de Li ju,ticc et de la rich..:ssc, de l'iJcal et du rcel. Les uns se prcoccupaient a\·ant tout Ju droit hum.tin et d'une plus équitable r.'.:partition des biens; mais ils pressent.1i<:nten 1110:111<.: t<:mps <.:t annonçai<.:nt, par l'an'.:n<:mcnt mêmc du droit, par la substitution d'une organisation juste ,\ une anarchie Yiolente, de l'harmonie au dcsonlre et de la p.1ix à l.1gucrrc, un admirable déYeloppcment de la production et de la ri<:hesse. L<.:sautres, n'.:pudiant ou p,ir.tissant répudier tout idcalisme, constatai.:nt sl·ukmcnt le mouYement des faits économiques, la concentration croissante du capital, l'expropriation continuc de l.i masse, lc déséquilibre grandissant entre IJ forme colkcti,·c de la production c.:t la forme indi\·iduelle de la propri.'.té, et, prolongcant par la pens.'.c cc mou\·emc11t, ils l'ache\·aicnt cn n'.:rnlution sociale par la conccntration souYcrainc des moycns de production rendus ,\ la collcctiYit.'.. ~lais aussi, sans l',1,·oucr toujours cxprcssémcnt, ils concluent qu'unc justice plus hautc sortira du mouYCmcnt même des choses et de la diakctiquc dc la production .. \insi, pour les uns, 1c dcYcloppcmcnt dc la justicc doit aboutir ,i un dé,·clopp..:mcnt cconomique; pour les autres, le dcYcloppcment .'.:conomique doit aboutir .\ un déYcloppcmcnt tic justiœ. Je n'ai pas à rechercher ici les raisons, diYcrses scion les systO::mcs,qui expliquent pour les socialistcs ccttc concordance entre « le n:gnc de la n.lturc et le règm: dc la gr.ice », comme disait Leibnitz, cntre lc moun:ment des faits et les exigences de l'esprit ou, plus précisément, cntrc fa justicè et la richcssc. Je constate seulement chez tous les socialistes la même cspér.111cccompl~tc, lc mêmc rêYc complet, et je m'étonnc qm: nos aJ\·ersaircs n'aient vu quc le souci d'une répartition plus juste dans une doctrine qui pn'.-

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